La scène politique, au Togo comme dans toutes les démocraties, n’est qu’une succession de rapprochements et de ruptures. Loin d’être un dysfonctionnement, cette instabilité apparente révèle la vitalité même du jeu démocratique, fondé sur la liberté des choix et la pluralité des ambitions.
La politique ne connaît ni ligne droite ni serment éternel. Elle est faite de cycles. Des cycles de retrouvailles où les rancunes s’effacent, et de séparations où les masques tombent. C’est là son essence même, et c’est ce qui la distingue radicalement de l’immobilisme autoritaire.
Les retrouvailles : La raison d’État avant la rancune
L’histoire politique regorge de ces scènes de réconciliation. Hier encore, les invectives fusaient sur les plateaux et les réseaux sociaux. Aujourd’hui, les mêmes acteurs se retrouvent sur un podium, unis par un objectif commun : une élection à gagner, une réforme à faire passer, une crise à surmonter.
Ces rapprochements ne relèvent pas toujours de la sincérité. Ils obéissent à une logique implacable : en démocratie, la conquête du pouvoir exige des alliances. Nul ne peut prétendre incarner seul la volonté du peuple. Les partis d’opposition, autrefois dispersés par les querelles de leadership, forment des coalitions. Les cadres d’un même camp, après des mois de divisions internes, enterrent la hache de guerre.
Ces retrouvailles ne sont donc pas un aveu de faiblesse. Elles sont la preuve que l’intérêt collectif, ou du moins l’intérêt stratégique, peut momentanément transcender les ego. C’est le prix à payer pour exister politiquement.
Les séparations : L’heure de vérité après la victoire
Mais la politique est également une école de la désillusion. Car l’alliance politique est rarement une union de conviction. C’est le plus souvent un mariage de raison, scellé pour la durée d’une bataille, non pour l’éternité.
Une fois l’objectif atteint, la réalité reprend ses droits. Le partage des responsabilités, l’accès aux postes, la définition des priorités… sont autant de sujets qui révèlent les divergences profondes. Les compagnons de lutte d’hier deviennent les concurrents d’aujourd’hui. Les partis éclatent, les coalitions implosent, les amitiés politiques se délitent.
Cette instabilité n’est pas une maladie de la démocratie. Elle en est le symptôme. La liberté de conscience, la diversité des ambitions, le droit de penser différemment empêchent toute uniformité durable. Dans une autocratie, les visages ne changent pas et le silence règne. En démocratie, les visages changent et le débat demeure. Les séparations sont donc le corollaire inévitable de la liberté.
La leçon pour le citoyen : Discerner au-delà des postures
Si la politique est condamnée à cette alternance de rapprochements et de ruptures, alors le citoyen a un devoir : celui de la lucidité. Il ne doit ni idolâtrer une alliance, ni s’indigner d’une rupture comme si c’était une trahison inédite.
La vraie question n’est pas de savoir qui est avec qui aujourd’hui. La vraie question est de savoir ce que chacun propose, défend et accomplit pour la nation. Un homme politique peut vous tendre la main aujourd’hui et la retirer demain. Ce n’est pas une anomalie. C’est la règle du jeu. L’anomalie serait de croire que la politique est un domaine de sentiments stables.
Alliés hier, adversaires demain : telle est la respiration normale de la démocratie. Elle n’offre pas la sécurité des certitudes, mais elle garantit la richesse du débat.
*La démocratie n’est pas l’art de figer les amitiés. C’est l’art d’organiser l’inconstance des hommes pour servir la constance des institutions.* Et tant que ces institutions tiennent, les retrouvailles et les séparations ne seront que le battement de cœur d’un peuple qui refuse de mourir politiquement.
Dimitri AGBOZOH-GUIDIH

