Etat de la Nation 2026 : Oligui Nguema dresse le bilan d’une année de pouvoir et annonce une nouvelle phase de transformation du Gabon

Pour la première fois sous la Ve République, le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, s’est présenté ce lundi 15 juin 2026 devant le Parlement réuni en Congrès à l’Assemblée Nationale pour prononcer son discours sur l’état de la Nation. Un exercice constitutionnel inédit qui a permis au chef de l’État de dresser un bilan de la transition engagée depuis le 30 août 2023, de présenter les résultats enregistrés au cours de sa première année de mandat et de dévoiler les grandes orientations de son septennat. 

Face aux parlementaires, aux membres du gouvernement, aux représentants diplomatiques et aux autorités administratives, le président a défendu l’idée d’un pays engagé dans une profonde refondation politique, économique et sociale après plusieurs décennies de gouvernance qu’il a qualifiées de défaillantes. 

Une Ve République présentée comme l’acte fondateur du renouveau institutionnel

Dans son intervention, le chef de l’État a rappelé que la nouvelle Constitution, adoptée par référendum, instaure un mécanisme annuel de reddition des comptes devant la représentation nationale. Selon lui, cette évolution institutionnelle marque une rupture avec les pratiques du passé et renforce le contrôle démocratique de l’action gouvernementale. 

Le président a également mis en avant les réformes politiques engagées depuis la transition, notamment l’organisation du Dialogue national inclusif, la révision du Code électoral et l’adoption de la loi sur les partis politiques. Ces textes auraient permis, selon lui, l’organisation d’élections « libres, transparentes et apaisées » tout en renforçant les pouvoirs du Parlement. 

Un diagnostic sévère de l’héritage reçu

Pour justifier les réformes engagées, Brice Clotaire Oligui Nguema a longuement évoqué la situation du Gabon avant le changement de régime de 2023. Il a cité une dette publique élevée, une économie désorganisée, un chômage important, la suspension des recrutements dans la fonction publique, des infrastructures dégradées, une corruption systémique ainsi qu’une perte de confiance entre l’État et les citoyens. 

Selon lui, la refondation engagée vise à restaurer la crédibilité des institutions, moderniser l’administration et replacer l’intérêt national au cœur de l’action publique. 

Le pays « en chantier » : routes, logements, énergie et infrastructures publiques

L’un des axes majeurs du discours a porté sur les investissements réalisés dans les infrastructures. Le président a affirmé que « le pays est en chantier », citant plusieurs projets routiers en cours dans différentes provinces ainsi que la construction de nouveaux bâtiments administratifs, universitaires et hospitaliers. 

Parmi les réalisations mises en avant figurent la réhabilitation du Palais des Congrès Omar-Bongo, l’extension des réseaux d’eau et d’électricité, la construction de logements sociaux et le développement des infrastructures sanitaires. Le chef de l’État a également indiqué que la Cité Émeraude devrait permettre à l’État d’économiser près de 30 milliards de FCFA en frais locatifs administratifs. 

Décentralisation : jusqu’à 10 % des recettes de l’État pour les collectivités locales

Le président a annoncé la poursuite du processus de décentralisation avec le transfert progressif de compétences et de ressources financières aux collectivités territoriales.

Selon les orientations présentées, entre 5 % et 10 % des recettes de l’État pourraient être progressivement affectées aux communes et départements afin de favoriser le développement local et rapprocher les services publics des populations. 

Cette réforme constitue l’un des chantiers institutionnels majeurs du nouveau pouvoir, même si sa mise en œuvre effective dépendra des capacités budgétaires de l’État.

Une stratégie économique axée sur la souveraineté et la transformation locale

Sur le plan économique, le président a défendu une politique fondée sur la transformation locale des ressources naturelles. Rejetant l’image d’un « Gabon naturellement riche », il a insisté sur la nécessité de créer davantage de valeur ajoutée à l’intérieur du pays. 

Le secteur minier occupe une place centrale dans cette stratégie. Le chef de l’État a notamment évoqué le gisement de Belinga, estimé à 7,5 milliards de tonnes de minerai de fer avec une teneur de 65 %, ainsi que les perspectives offertes par la potasse, le marbre, les terres rares et le niobium. 

Pour accompagner cette ambition industrielle, le gouvernement prévoit la construction des ports en eau profonde de Kobe-Kobe et de Mayumba, le développement du réseau ferroviaire et la réalisation de nouveaux barrages hydroélectriques. 

Dette publique : des discussions en cours avec le FMI

Abordant la situation des finances publiques, le président a révélé que la dette du Gabon représentait environ 70 % du PIB au moment de la transition de 2023. Il a toutefois estimé que son niveau demeurait soutenable malgré son importance. 

Des discussions sont actuellement menées avec le Fonds monétaire international afin d’en assurer la restructuration et de préserver les équilibres macroéconomiques du pays. 

Fonction publique : plus de 60 000 dossiers régularisés

Dans le secteur public, le chef de l’État a annoncé la régularisation de plus de 60 000 situations administratives héritées du gel des recrutements, avancements et reclassements observé durant plusieurs années. 

Il a également annoncé le lancement de la troisième phase du paiement des rappels de salaires, représentant 35 milliards de FCFA, portant à 105 milliards de FCFA le montant total reversé aux agents publics depuis deux ans. 

Emploi des jeunes : 22 000 emplois créés selon le gouvernement

Face à un chômage des jeunes estimé à 35 % avant la transition, le président a présenté plusieurs indicateurs qu’il considère comme encourageants. 

Selon les chiffres communiqués : près de 22 000 emplois auraient été créés dans le secteur privé ; 5 566 insertions professionnelles auraient été réalisées par le PNPE ; 10 000 jeunes auraient bénéficié de formations professionnelles ; 1 066 taxis auraient été distribués dans le cadre du programme TaxiGab. 

Le président a toutefois reconnu certaines difficultés dans la mise en œuvre du programme Gab Pêche, tout en annonçant sa future extension à plusieurs localités côtières. 

Santé, protection sociale et retraites : des avancées mais des défis persistants

Dans le domaine social, le chef de l’État a souligné l’ouverture de nouvelles structures sanitaires, la sortie de plusieurs promotions de médecins, le renforcement du matériel médical et l’ouverture de 14 représentations du Samu Social Gabonais en deux ans. 

Concernant la protection sociale, il a annoncé l’apurement progressif de 23 milliards de FCFA de droits CNSS concernant 14 146 assurés, ainsi que le paiement des pensions de 26 313 retraités. 

Le président a cependant reconnu les difficultés persistantes de la CNAMGS, dont une réforme approfondie est annoncée. 

Éducation : 2 000 nouvelles salles de classe annoncées

Dans le secteur éducatif, le gouvernement prévoit la construction de 2 000 salles de classe, la réhabilitation d’internats, l’achèvement de plusieurs établissements spécialisés ainsi que l’organisation, avant la fin de l’année, des « Grandes Assises de l’école des compétences ». 

L’objectif affiché est d’adapter davantage les formations aux besoins de l’économie nationale et de réduire l’écart entre enseignement et insertion professionnelle.

Un appel à l’unité nationale

En conclusion de son discours, Brice Clotaire Oligui Nguema a lancé un appel au patriotisme, à la cohésion sociale et à la responsabilité collective. Face aux critiques sur les libertés publiques, il a défendu une « démocratie en construction » fondée sur le pluralisme politique et le respect des lois. 

« L’heure n’est ni au doute ni à la peur. L’heure est à l’espérance, à la responsabilité et à l’action collective », a-t-il déclaré, appelant les Gabonais à accompagner les réformes engagées pour bâtir « une République prospère, souveraine et respectée ». 

Les principaux chiffres à retenir

30 milliards FCFA d’économies attendues grâce à la Cité Émeraude ;

5 à 10 % des recettes de l’État destinées aux collectivités locales ;

7,5 milliards de tonnes de réserves estimées à Belinga ;

70 % du PIB de dette publique en 2023 ;

60 000 dossiers administratifs régularisés ;

105 milliards FCFA de rappels versés aux fonctionnaires ;

22 000 emplois privés créés ;

10 000 jeunes formés ;

1 066 taxis distribués ;

14 nouvelles représentations du Samu Social ;

2 000 salles de classe programmées.

Au-delà des annonces, ce premier discours sur l’état de la Nation constitue surtout une feuille de route pour le septennat qui s’ouvre. La réussite du projet de refondation porté par le président sera désormais évaluée à l’aune de sa capacité à transformer ces ambitions en résultats tangibles pour les populations, notamment en matière d’emploi, de pouvoir d’achat, d’accès aux services publics et de diversification économique.

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