Reconnaître les faiblesses de sa gouvernance n’est pas une faiblesse en soi, c’est le premier acte de force d’un pouvoir

Après avoir parlé aux électeurs qui ont fini par lui accorder leurs suffrages le 12 avril 2024, le Président de la République, devenu, va parler aux Gabonais le 15 juin 2026.

C’est un acte républicain fort, une application stricte des dispositions de l’article 59 de la constitution, une communication très attendue, un an après son élection, sur l’état de la nation.

C’est un exercice politique hautement codifié, auquel, le régime déchu s’était aussi soumis, sous la IVÈ République.

À cette époque, on disait « tout va bien » même quand l’hôpital manquait du strict minimum pour assister les patients. Même lorsque le pays croulait sous le poids de la dette, on vantait la capacité de remboursement du pays. Lorsque l’on évoquait le problème de la multiplication des détournements de fonds, l’on s’échinait à blanchir les mercenaires à cols blancs qui avaient mis les finances publiques, en coupe réglée. On répondait que le pétrole devrait renflouer les caisses de l’État. Jamais on avait reconnu que l’on s’était trompé, et que l’on devrait corriger.

Hors une administration, ou un Chef qui ment sur les faiblesses de sa gouvernance, ment également sur ses forces. Or la force d’un Homme d’État c’est de savoir reconnaître ses faiblesses et de s’engager à les gommer, et de les transformer en atouts, car un peuple trompé finit par tout renverser. En près de 56 ans de gouvernance, les régimes précédents ont brillé par le déni, et réussi à maquiller le cadavre. À force de dire « tout va bien » on a fini par découvrir un pays mort au petit matin du 30 août 2023. Ce n’est pas tant la faiblesse qui a tué la IVÈ République, c’est plutôt le mensonge sur la faiblesse qui l’a tué.

Au moment où le détenteur exclusif du Pouvoir Exécutif doit parler aux Gabonais, il doit avoir l’humilité de reconnaître que reconnaître c’est gouverner, c’est une force cachée dans l’aveu.

Reconnaître qu’un chantier a pris du retard, en dévoilant les causes, désarme la rumeur. Sur WhatsApp, les critiques s’arrêtent et deviennent des conseils. Le Gabonais sait pardonner l’erreur, mais pas le mépris.

Déclarer que « tout est sous contrôle » pour masquer les faiblesses d’un maillon de la chaîne de commandement, ferme la porte aux jeunes formés et à la diaspora. C’est une opération qui a vocation à protéger et garder les incompétents. La IVÈ République a gouverné seule, et est tombée seule. La VÈ République quant à elle, devra gouverner avec tous, pour un jour tomber avec tous.

Le peuple ne demande pas un Chef parfait, il demande un Vrai Chef. Et un Vrai Chef c’est celui qui dit, « on accuse un retard sur tel projet, mais que nous sommes en avance sur tel autre ». C’est une façon plus habile de fabriquer la confiance, qui n’est pas l’absence de faille. C’est l’honnêteté sur la faille.

Le peuple attend de la communication du Président de la République, entre autres, la reconnaissance de certaines faiblesses, dont celles qui suivent :

1. La lenteur administrative : si on la cache, les projets meurent dans les tiroirs. Si on les reconnaît, on crée une Task Force pour débloquer en 72h, une situation qui commençait à s’enliser. Ainsi on « vire le blocage » et le peuple voit l’effort consenti. 

2. Le recyclage des Hommes de la IVÈ République : si on le cache, le peuple crie à l’arnaque ou la compromission. Cela peut entraîner une crise de légitimité. Si l’on déclare qu’on les garde pour un temps pour aider à faire avancer des chantiers lancés pendant la transition, et pas pour l’éternité, le peuple patiente. C’est un bon plan de relève.

3. La dépendance au pétrole : si l’on nie l’évidence, alors que l’on a promis la diversification de l’économie, on crée la déception. Par contre si on reconnaît que le pays vit encore du budget du pétrole et que cette situation trouvera une issue positive au terme de la maturation des réformes engagées, permet au peuple de comprendre que des décisions courageuses sont prises et qu’il faille encourager la vision.

Reconnaître que le système de santé est encore faible, et indiquer des perspectives avec un budget, des délais et le nom du responsable, est un aveu qui suscite de l’espoir. Un aveu + un plan est un bon leadership.

Reconnaître les faiblesses du secteur santé, c’est reconnaître que chaque Gabonais est précieux, et qu’il mérite des soins de santé de qualité partout où il vit.

Déclarer que l’on a échoué sur tel pan par la faute de l’ancien régime, est une faiblesse, car le peuple n’entend pas se faire rappeler ce qu’il connaît depuis. Gouverner c’est prendre le volant et assumer pleinement ses responsabilités.

Avouer un échec en public et non pas en off est une force. Il ne faut pas dire « on sait, mais on ne le dit pas ». Il faut plutôt communiquer avec des chiffres, un calendrier et désigner des responsables, car la transparence est un vaccin contre la sédition. Ça conjure les 30 août. Le peuple ne se révolte que contre ce qu’il ne connaît pas.

Il faut reconnaître que dans la lutte engagée pour la construction d’un édifice nouveau, il n’y a ni anges, ni démons, mais juste des Gabonais acharnés au travail. Des Gabonais qui tombent, qui se relèvent et qui disent pourquoi ils sont tombés. C’est la restauration des mentalités des Hommes vrais.

Reconnaître ses faiblesses n’est pas une faiblesse en soi, c’est une façon d’être honnête avec soi-même et avec les autres. La IVÈ République est morte d’orgueil, la VÈ République quant à elle survivra d’humilité et *l’humilité, au sommet de l’État, c’est la forme la plus aboutie du courage politique*

Hermann Ditsoga, partisan de la norme

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