L’ouverture de la Convention et Exposition africaines du transport aérien a pris une dimension historique avec la présence de Paul Kagame et d’Olusegun Obasanjo aux côtés du Président Faure Gnassingbé. Au-delà du protocole, les trois dirigeants ont posé les jalons d’une nouvelle ambition : faire du ciel africain le premier levier de souveraineté et de prospérité du continent.
Lomé, carrefour de trois générations de dirigeants
Ils sont trois. Trois époques. Un même combat.
Olusegun Obasanjo, 89 ans, porte-voix des indépendances de 1960. Pour lui, l’unité africaine commençait par les drapeaux et la fin des guerres fratricides.
Paul Kagame, 67 ans, architecte du Rwanda post-génocide. Pour lui, l’unité passe par les routes, la discipline et les résultats visibles.
Faure Gnassingbé, 59 ans, médiateur de l’Afrique de l’Ouest. Pour lui, l’unité se joue désormais dans les airs, les ports et les corridors économiques.
Leur présence conjointe à Lomé pour l’ouverture de la Convention 2026 n’est pas un hasard de calendrier. C’est la démonstration que l’Afrique passe d’une génération à l’autre sans perdre le fil : Indépendance → Reconstruction → Connexion.
Dans son allocution, Faure Gnassingbé a remercié chaleureusement ses deux “frères et amis”. Un mot fort. Parce qu’en politique, “frère” signifie “même destin”.
Le ciel africain : du luxe des élites à l’arme stratégique des peuples
La phrase forte du Chef de l’État togolais a frappé l’assistance : “Le ciel africain ne doit pas être perçu uniquement comme un espace de circulation. Il constitue un levier stratégique de mobilité, de commerce, de compétitivité et de souveraineté”.
Certains mots ont retenu notre attention :
1. Mobilité : Aujourd’hui, faire Lomé-Bamako prend 14h à cause des escales européennes. Un ciel libéralisé ramènerait ce trajet à 2h. Le temps, c’est l’argent du commerçant et de l’étudiant.
2. Commerce : 85% des échanges intra-africains passent encore par des ports et aéroports contrôlés par des intérêts non africains. Reprendre le contrôle du ciel, c’est reprendre le contrôle de la valeur ajoutée.
3. Compétitivité : Avec la ZLECAf, l’Afrique de l’Ouest devient un marché de 400 millions de consommateurs. Mais un marché sans avions fiables reste un marché théorique. Le ciel intégré est la condition physique de la ZLECAf.
4. Souveraineté : Faure le dit sans détour : un instrument majeur de transformation économique. Tant que nos compagnies paient des redevances hors du continent, notre croissance finance la croissance des autres.
Paul Kagame, dont RwandAir est devenue un modèle de rigueur, et Obasanjo, grand artisan de l’Union Africaine, ont validé cette vision par leur présence. Leur message silencieux : Le ciel est le nouveau front de la bataille pour l’indépendance.
Le défi togolais : Relier le ciel propre au sol propre
Mais la Convention de Lomé soulève un paradoxe que les analystes n’ont pas manqué de noter. Comment parler d’avions à 200 millions de dollars quand les abords de l’aéroport de Lomé-Tokoin restent confrontés aux problèmes d’insalubrité et de civisme ?
C’est là que l’enseignement de Kagame résonne. Kigali est devenue un hub aérien respecté parce que Kigali est d’abord une ville propre et disciplinée. La tour de contrôle ne peut pas être efficace si la rue qui y mène est anarchique.
Le défi pour le Togo est donc double : Négocier des cieux ouverts au niveau continental, et imposer une discipline civique au niveau local. L’un ne va pas sans l’autre. Un pays qui ne respecte pas sa terre ne peut pas prétendre conquérir son ciel.
L’enjeu jeunesse : Devenir passager, pas spectateur
Faure a conclu sur la note d’espoir : “Le ciel est un accélérateur d’opportunités pour notre jeunesse”.
Concrètement, un ciel africain intégré signifie : un jeune développeur togolais qui décroche un contrat à Nairobi sans visa compliqué. Une styliste d’Adidogomé qui expose à Dakar en 48h. Un ingénieur qui fait Lomé-Addis-Abeba pour une formation sans passer par Paris.
Mais comme le rappelle la sagesse ancestrale : “Agbé lé djé, yé lé yé” – Celui qui ouvre le chemin mange en premier. Le chemin du ciel est ouvert à Lomé. Il revient maintenant aux jeunes de décider s’ils montent à bord… ou s’ils regardent l’avion décoller.
Obasanjo a allumé le contact de l’indépendance en 1960. Kagame a réparé le moteur de la reconstruction après 1994. Faure, à Lomé en 2026, appuie sur le bouton “Décollage”.
La Convention se termine dans quelques jours. Les résolutions seront signées. Mais la vraie résolution, celle qui changera l’Afrique, ne se signera pas sur du papier. Elle se signera chaque jour, quand chaque citoyen décidera de traiter son quartier avec le même respect que les pilotes traitent leur piste d’atterrissage.
Le ciel s’ouvre. L’Afrique décolle. Reste à savoir qui sera à bord.
Dimitri AGBOZOH -GUIDIH

