Depuis son accession au pouvoir, le président béninois Romuald Wadagni opère un virage diplomatique. Exit la fermeté des années post-2020. Place au dialogue. Cotonou tend désormais la main à l’Alliance des États du Sahel, avec le Niger comme interlocuteur prioritaire. Un repositionnement qui redessine l’échiquier régional.
LA FIN DE L’ÈRE DE LA CONFRONTATION
Entre 2020 et 2023, la région a basculé. Coups d’État successifs au Mali, au Burkina Faso, au Niger. L’AES naît en 2023, claque la porte de la CEDEAO en janvier 2024. Le Bénin, sous l’ancienne équipe, choisit la ligne dure : fermeture des frontières, sanctions, rupture diplomatique. Cotonou et Niamey s’affrontent, Porto-Novo et l’AES se regardent en chiens de faïence.
Avec Romuald Wadagni, la partition change. Le ton se fait moins martial, plus économique. Le président béninois assume un “pragmatisme responsable”. Traduction : la sécurité et les intérêts commerciaux priment sur la posture idéologique.
Objectif affiché : rouvrir les canaux, sécuriser la frontière nord, relancer le corridor Cotonou-Niamey. Car chaque jour de brouille coûte cher. Le port autonome de Cotonou, poumon économique du Bénin, a perdu une part massive du transit nigérien. Les opérateurs économiques béninois réclament la paix des affaires.
UN PRAGMATISME À DEUX VISAGES : SÉCURITÉ + ÉCONOMIE
La nouvelle doctrine Wadagni repose sur 2 piliers :
Pilier Sécurité : Le Bénin paie un lourd tribut au terrorisme. Les attaques dans le nord, à la frontière burkinabè et nigérienne, se multiplient. Seul, Cotonou peine à contenir la menace. En se rapprochant de l’AES, Wadagni mise sur le partage de renseignements, les opérations transfrontalières coordonnées, et une stratégie régionale commune. Logique simple : l’ennemi est le même, la riposte doit l’être aussi.
Pilier Économie : 80% du transit du port de Cotonou venait du Niger et du Burkina avant 2023. La rupture a fait saigner les recettes douanières et vidé les entrepôts. En renouant avec Niamey, Wadagni vise la réouverture complète du corridor. Plus de camions bloqués. Plus de taxes recouvrées. Plus d’emplois sauvés. C’est du réalisme budgétaire.
Le message est clair : “On peut ne pas être d’accord sur tout, mais on ne peut pas se permettre de tout perdre ensemble.”
LE PARIS DE WADAGNI : VA-T-IL PRENDRE ?
La question divise. Trois scénarios s’offrent à Cotonou :
Scénario 1 : Le dégel réussi
L’AES accepte la main tendue. Les frontières s’ouvrent pleinement. Les coopérations sécuritaires s’intensifient. Le Bénin redevient la porte d’entrée maritime de l’AES. Wadagni s’impose comme médiateur crédible dans la région. Victoire du pragmatisme sur la confrontation.
Scénario 2 : La méfiance persiste
L’AES, encore sous pression de son opinion publique, joue la montre. Elle exige plus de garanties de Cotonou, notamment sur la présence de bases étrangères. Le rapprochement avance par à-coups. Le port de Cotonou récupère une partie du trafic, mais pas tout. Demi-victoire.
Scénario 3 : L’échec diplomatique
Les lignes rouges ne bougent pas. L’AES reste fermée. Le Bénin doit alors accélérer sa diversification vers le Togo, le Ghana, le Nigeria. Mais le coût économique reste élevé. La confrontation reprend, sous une forme plus froide.
ENJEU MAJEUR : LE BÉNIN ENTRE DEUX MONDES
Wadagni joue sur un fil. D’un côté, la CEDEAO, qui attend loyauté. De l’autre, l’AES, qui exige reconnaissance. Le président béninois tente l’équilibrisme : rester membre de la CEDEAO tout en dialoguant avec l’AES.
Ce n’est plus de la diplomatie, c’est de la survie. En Afrique de l’Ouest, les frontières sont poreuses, mais les crises sont solidaires. Un Sahel instable, c’est un Bénin insécurisé. Un Sahel fermé, c’est un Bénin appauvri.
Le pari de Wadagni est risqué mais lucide : la géographie n’a pas changé. Le Niger restera le voisin du Bénin demain. Mieux vaut un voisin qui parle qu’un voisin qui tire.
Romuald Wadagni enterre la doctrine de l’affrontement. Il inaugure celle de l’intérêt mutuel. Sa stratégie va-t-elle prospérer ? La réponse ne dépend plus seulement de Cotonou. Elle dépend de la capacité de l’AES à voir dans le Bénin un partenaire, pas un adversaire.
Une chose est sûre : en diplomatie comme en économie, l’isolement coûte toujours plus cher que le dialogue. Le président béninois vient de le rappeler à la région.
“La terre ne vote pas. Mais elle décide. Et les peuples du Sahel décident de vivre ensemble, ou de mourir séparément.”
Dimitri AGBOZOH – GUIDIH

