Financement du développement : William Ruto appelle l’Afrique à bâtir sa souveraineté financière lors de l’Assemblée générale d’ATIDI

Face à un déficit annuel de financement estimé à plus de 400 milliards de dollars, les dirigeants africains ont lancé un appel à une transformation profonde de l’architecture financière du continent. À l’occasion de la 26e Assemblée générale annuelle (AGA) de l’Assurance pour le Développement du Commerce et de l’Investissement en Afrique (ATIDI), organisée du 30 juin au 3 juillet 2026 à Nairobi sous le thème « Renforcer l’Afrique : Risques maîtrisés, croissance stimulée », le président kényan William Ruto a exhorté les États africains à renforcer leurs institutions financières afin de financer eux-mêmes leur développement, sans attendre les réformes du système financier mondial.

Une Afrique appelée à reprendre le contrôle de son financement

Prenant la parole lors du dîner de gala marquant le 25e anniversaire d’ATIDI, William Ruto a estimé que le continent ne pouvait plus dépendre exclusivement des réformes de la gouvernance financière internationale pour répondre à ses besoins de développement.

« Pendant longtemps, nous avons appelé à une architecture financière mondiale plus équitable. Cet appel demeure pertinent. Mais l’Afrique ne peut attendre que les réformes viennent d’ailleurs. Elle doit construire ses propres solutions », a déclaré le chef de l’État kényan.

Pour le président kényan, le véritable défi du continent n’est pas l’absence de ressources financières, mais le manque d’institutions capables de transformer l’épargne africaine en investissements productifs.

Aujourd’hui, l’Afrique dispose d’environ 4 000 milliards de dollars d’épargne à long terme, provenant notamment des fonds de pension, des compagnies d’assurance et des réserves des banques centrales. Pourtant, une grande partie de ces capitaux continue d’être investie hors du continent, alors que les besoins de financement dépassent 400 milliards de dollars par an.

La NAFAD, nouvelle ambition pour la souveraineté financière africaine

Au cœur des discussions figurait la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), lancée en avril 2026 sous l’impulsion du président du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), Dr Sidi Ould Tah.

Cette initiative vise à renforcer la coopération entre les grandes institutions financières africaines afin de réduire le coût du capital, améliorer les mécanismes de partage des risques et mobiliser davantage de ressources financières africaines au service du développement du continent.

La NAFAD s’appuie notamment sur l’Alliance des institutions financières multilatérales africaines (AAMFI), qui rassemble plusieurs institutions majeures, dont la Banque africaine de développement, Afreximbank, Africa Finance Corporation et ATIDI.

Le président Ruto a annoncé que le Kenya accueillera officiellement le secrétariat permanent de cette alliance, illustrant l’ambition de Nairobi de devenir un centre financier continental.

Le Kenya renforce son engagement envers ATIDI

William Ruto a également appelé les États membres à recapitaliser ATIDI à hauteur de deux milliards de dollars, estimant que chaque dollar investi dans les mécanismes africains de garantie pouvait permettre de mobiliser jusqu’à dix dollars supplémentaires de capitaux privés.

À cette occasion, il a proposé la création du Pacte de Nairobi pour la souveraineté économique africaine, reposant sur cinq engagements majeurs :

  • recapitaliser progressivement ATIDI ;
  • renforcer l’AAMFI ;
  • mobiliser les capitaux africains ;
  • accroître les capacités africaines de garantie et de partage des risques ;
  • développer des institutions financières africaines compétitives à l’échelle mondiale.

Le chef de l’État kényan a également annoncé que son pays augmentera progressivement sa participation au capital d’ATIDI, passant de 25 à 65 millions de dollars, sous réserve des procédures nationales, tout en remettant officiellement le titre foncier destiné à accueillir le futur siège permanent de l’organisation.

Depuis son adhésion, les interventions d’ATIDI ont permis de mobiliser plus de 7 milliards de dollars d’investissements au Kenya dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures, de l’agriculture, de l’industrie manufacturière et des transports.

ATIDI affiche des résultats financiers solides

À l’occasion de son jubilé d’argent, le Directeur général d’ATIDI, Manuel Moses, est revenu sur les performances enregistrées par l’institution depuis sa création.

En vingt-cinq ans, ATIDI affirme avoir facilité la mobilisation de plus de 93 milliards de dollars d’investissements privés en Afrique grâce à ses produits d’assurance contre les risques politiques et commerciaux.

L’organisation compte désormais :

  • 24 États membres africains ;
  • 13 actionnaires institutionnels ;
  • un État membre non africain.

Elle conserve par ailleurs une notation « investment grade » auprès des principales agences internationales de notation.

Les résultats financiers de 2025 témoignent également de cette dynamique :

  • 9,2 milliards de dollars d’expositions, contre 8,9 milliards en 2024 ;
  • 71,4 millions de dollars de bénéfice net, en hausse de 20 % ;
  • 1,06 milliard de dollars d’actifs, soit une progression de 20 % ;
  • 883 millions de dollars de fonds propres, en augmentation de 12 %.

Selon Manuel Moses, ces performances démontrent la résilience du modèle économique d’ATIDI malgré un contexte international marqué par les tensions économiques et les conséquences persistantes de la pandémie de Covid-19.

La BAD veut renforcer les institutions financières africaines

Présent à Nairobi, le président du Groupe de la Banque africaine de développement, Dr Sidi Ould Tah, a insisté sur la nécessité de corriger la perception souvent exagérée du risque africain, qui renchérit considérablement le coût du financement du continent.

Pour soutenir cette stratégie, la BAD a récemment décidé de multiplier par cinq sa participation au capital d’ATIDI, devenant ainsi son principal actionnaire.

L’institution entend également accompagner les pays africains qui ne sont pas encore membres afin de faciliter leur adhésion et leur participation au capital.

« Le problème de l’Afrique n’est pas le manque d’opportunités, mais une mauvaise évaluation du risque africain qui entraîne un coût du capital excessif », a souligné le président de la BAD.

Le secteur privé au cœur de la stratégie de développement

Les échanges de Nairobi ont également mis en lumière le rôle déterminant du secteur privé dans le financement du développement africain.

Le vice-président du Kenya, Kithure Kindiki, a rappelé que les contraintes budgétaires et le poids croissant de la dette limitaient désormais les capacités d’investissement des États.

« Le secteur public ne dispose plus des ressources suffisantes pour financer seul les ambitions du continent. Les investissements privés devront jouer un rôle déterminant », a-t-il déclaré.

Dans cette perspective, l’Assemblée générale a organisé plusieurs rencontres entre gouvernements, entreprises et investisseurs autour de projets portant notamment sur les énergies renouvelables, les infrastructures hydrauliques, les transports, l’agriculture et l’industrie, principalement au Cameroun et au Kenya.

Les enjeux : bâtir une souveraineté financière africaine

Au-delà des annonces, cette 26e Assemblée générale d’ATIDI marque une étape importante dans la réflexion sur l’autonomie financière du continent.

Face à un environnement mondial marqué par la hausse des coûts d’emprunt, la volatilité des marchés et la raréfaction des financements concessionnels, les dirigeants africains souhaitent désormais s’appuyer davantage sur leurs propres institutions pour mobiliser l’épargne locale, réduire les risques perçus par les investisseurs et accélérer le financement des infrastructures, de l’industrialisation et de la transformation économique.

Le succès de cette stratégie dépendra toutefois de plusieurs facteurs : la capacité des États à renforcer leurs contributions financières, à améliorer la gouvernance des institutions régionales, à préserver leur crédibilité auprès des marchés internationaux et à créer un environnement favorable aux investissements privés.

En célébrant son vingt-cinquième anniversaire, ATIDI entend ainsi s’affirmer comme l’un des piliers de cette nouvelle architecture financière africaine, appelée à jouer un rôle central dans la réalisation des ambitions économiques du continent au cours des prochaines décennies.

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