PRÉCARITÉ UNIVERSITAIRE AU TOGO : La débauche, un refuge illusoire pour certaines étudiantes

L’admission au baccalauréat est une fierté. L’entrée à l’université devait être une libération. Pour beaucoup de jeunes filles togolaises, elle devient une épreuve de survie.

Loin du cocon familial à Kara, Sokodé, Dapaong ou Kpalimé, livrées à elles-mêmes à Lomé, certaines étudiantes se heurtent de plein fouet à la cherté de la vie. Loyer dans les quartiers comme Agoè, Adidogomé ou Zongo, nourriture, transport « zem », inscription, photocopies, connexion : le budget explose. Et les bourses de l’État, quand elles arrivent, sont rares et tardives.

QUAND LA DÉTRESSE OUVRE LA PORTE À LA FACILITÉ

Face à ce gouffre financier, une partie d’entre elles glissent.

Initialement venues à l’Université de Lomé, à l’UL2, à l’IUT ou à l’ESA pour décrocher une licence et un emploi, elles se retrouvent à monnayer leur corps. « Mécénat », « sugar daddy », « copinage intéressé » : les mots changent, la réalité reste la même.

« Au début c’est pour payer le loyer. Après c’est pour le téléphone, les mèches, les sorties. Et tu t’enfonces », confie Aïcha, 19 ans, étudiante en première année de Droit à l’UL.
« Beaucoup de filles ne le font pas par plaisir. C’est la faim et la honte de demander encore aux parents au village qui parlent. »

« IL FAUT COMPRENDRE AVANT DE JUGER »

Pour Mérite, étudiante en première année à l’IUT de l’Université de Lomé, la condamnation facile ne résout rien.

« Oui, certaines le font par facilité. Mais la majorité le fait parce qu’elles n’ont pas le choix. Le sac de riz est à 25.000 FCFA. Un studio c’est 20.000 FCFA minimum. Sans aide, comment faire ? Il faut chercher à comprendre sans juger », dit-elle.

LA RESPONSABILITÉ DE LA FAMILLE ET DE LA SOCIÉTÉ

Huberte Amalin, mère au foyer à Lomé, pointe du doigt l’éducation en amont :
« Au Togo, on pousse l’enfant à avoir le bac, mais après on le lâche. Il faut continuer à encadrer. Parler d’argent, de tentations, de dignité avant de l’envoyer à l’université. Sinon la rue et les mauvaises fréquentations l’éduquent à notre place. »

Un avis partagé par Dieudonné, étudiant en troisième année de Lettres Modernes à l’UL :
« La précarité n’excuse pas tout. La prostitution n’est pas une filière. Quand tu es en difficulté, il faut chercher du travail. Il y a d’autres voies. »

DES ALTERNATIVES EXISTENT, MAIS ELLES SONT DURES

De plus en plus d’étudiantes refusent cette voie et choisissent la débrouillardise.

Vente de beignets et de jus sur le campus, coiffure, couture, cours à domicile, jobs dans les boutiques à Adawlato, travail pendant les grandes vacances au port ou dans les ONG : elles cumulent pour s’en sortir.

« Faites des jobs pendant les vacances pour économiser », conseille Dieudonné.
« Dès que vous arrivez à Lomé, cherchez vite une petite activité. Mieux vaut être fatiguée le soir avec de l’argent propre, que d’avoir honte toute sa vie. »

Des associations étudiantes et des ONG comme AFJUT – Association des Femmes Juristes du Togo ou ATBEF proposent aussi des sensibilisations et des micro-projets pour aider les étudiantes à lancer de petites activités génératrices de revenus.

La précarité à l’université togolaise est réelle. L’isolement, la solitude et le coût de la vie à Lomé broient des rêves.

Mais céder à la débauche pour survivre, c’est hypothéquer son avenir pour un présent qui passe.
La dignité n’a pas de prix. Et un diplôme obtenu proprement, même dans la difficulté, ouvre des portes qu’aucun « sponsor » ne pourra jamais ouvrir.

Aux étudiantes : vous n’êtes pas seules. Parlez. Aux délégués, aux associations, aux centres sociaux universitaires.
Aux parents : l’encadrement ne s’arrête pas au bac.
À l’État : renforcer les bourses, les restaurants et cités universitaires, c’est investir dans l’avenir des filles du Togo.

Dimitri AGBOZOH-GUIDIH

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