Large marble slab with black, white, and beige veins in a workshop

Nyanga : Le Gabon lance sa première usine de transformation de marbre, un pari sur l’industrialisation et la création de valeur locale

Le Gabon franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de transformation économique. Au village de Doussegoussou, situé dans le premier canton de la province de la Nyanga, à une dizaine de kilomètres de Tchibanga, sera implantée la première usine gabonaise de transformation de marbre.

Au-delà de l’annonce d’un investissement industriel, le projet illustre la volonté des autorités de rompre avec un modèle économique longtemps fondé sur l’exportation de matières premières brutes, au profit d’une industrialisation créatrice de valeur ajoutée et d’emplois.

Rompre avec le modèle d’exportation des matières premières

Depuis plusieurs décennies, le secteur extractif constitue l’un des principaux piliers de l’économie gabonaise. Toutefois, une grande partie des ressources minières est exportée sans transformation locale, limitant les retombées économiques pour le pays.

Le marbre de la Nyanga n’échappe pas à cette logique. Jusqu’à présent, la pierre était extraite, exportée, puis réimportée sous forme de produits finis – carreaux, revêtements, plans de travail ou éléments de décoration – dont la valeur pouvait être plusieurs fois supérieure à celle de la matière brute.

Avec cette première unité industrielle, le Gabon entend désormais capter une part plus importante de cette richesse en développant localement les activités de découpe, de sciage, de polissage et de finition.

Une valeur ajoutée qui reste au Gabon

La transformation locale constitue l’un des principaux leviers de diversification économique. Dans l’industrie minière, la valeur d’une pierre transformée peut être de deux à cinq fois supérieure à celle du bloc brut, selon son niveau de finition et son marché de destination.

Au-delà des recettes fiscales supplémentaires, cette stratégie permet de développer des compétences techniques nationales, de favoriser le transfert de technologies et d’encourager l’émergence d’un tissu de petites et moyennes entreprises spécialisées dans les matériaux de construction.

Un moteur pour l’emploi dans la Nyanga

L’un des enjeux majeurs du projet reste son impact social.

Une usine de transformation de marbre mobilise généralement plusieurs catégories de métiers : – opérateurs industriels ; – techniciens de maintenance ; – géologues et ingénieurs ; – chauffeurs et logisticiens ; – entreprises de sous-traitance ; – artisans spécialisés.

À ces emplois directs s’ajoutent de nombreux emplois indirects dans le transport, le commerce, la restauration, les services et la maintenance.

Dans une province confrontée à un chômage élevé, notamment chez les jeunes, l’arrivée d’une activité industrielle permanente représente une opportunité importante pour dynamiser l’économie locale et limiter l’exode rural.

Faire de la Nyanga un nouveau pôle industriel

Le choix de Doussegoussou revêt également une dimension stratégique.

Pendant longtemps, les grands investissements industriels se sont concentrés autour de Libreville, Port-Gentil ou Moanda. En implantant cette infrastructure dans la Nyanga, les autorités affichent leur volonté de promouvoir une industrialisation plus équilibrée entre les différentes provinces.

Cette approche répond à un double objectif : rapprocher les unités de transformation des sites de production afin de réduire les coûts logistiques et favoriser un développement économique mieux réparti sur le territoire national.

Un marché porteur

Le marché mondial du marbre reste dynamique, porté par la construction, l’immobilier de standing et les grands projets d’infrastructures.

Selon les études sectorielles internationales, le marché mondial du marbre et de la pierre naturelle représente plusieurs dizaines de milliards de dollars américains et enregistre une croissance régulière sous l’effet de l’urbanisation et de la demande en matériaux haut de gamme.

En Afrique centrale, la demande est également soutenue par les programmes de logements, les bâtiments publics et les projets hôteliers.Pour le Gabon, développer une industrie locale pourrait permettre de réduire les importations de matériaux transformés tout en ouvrant des perspectives d’exportation vers les pays de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC).

Des défis à relever

Le succès de cette première usine dépendra néanmoins de plusieurs facteurs.

Le premier concerne l’énergie. Les activités de découpe et de polissage sont fortement consommatrices d’électricité. Une alimentation stable sera indispensable pour garantir la compétitivité de l’installation.

Le deuxième défi réside dans les infrastructures routières. Les blocs de marbre, particulièrement lourds, nécessitent un réseau routier performant afin d’assurer leur transport depuis les carrières jusqu’à l’usine puis vers les ports ou les marchés nationaux.

La formation de la main-d’œuvre constitue également un enjeu majeur. Le développement d’une industrie du marbre suppose des compétences spécifiques en extraction, transformation, maintenance industrielle et contrôle qualité.

Enfin, la rentabilité du projet reposera sur un partenariat équilibré entre l’État, les investisseurs privés et les collectivités locales, afin de garantir une exploitation durable de la ressource tout en préservant les intérêts économiques nationaux.

Un symbole de la stratégie de transformation économique

L’implantation de cette usine s’inscrit dans la politique de transformation locale des matières premières engagée par les autorités gabonaises. Après les réformes visant à accroître la transformation du bois, du manganèse ou encore des produits agricoles, le secteur du marbre devient à son tour un levier de diversification économique.

Cette orientation répond à un objectif clair : augmenter la valeur créée sur le territoire national, renforcer le tissu industriel, créer des emplois qualifiés et réduire la dépendance du pays aux exportations de matières premières non transformées.

Les enjeux en chiffres

– 1ʳᵉ usine de transformation de marbre au Gabon.

– Localisation : Doussegoussou, à une dizaine de kilomètres de Tchibanga, dans la province de la Nyanga.

– Valeur ajoutée : un produit en marbre transformé peut valoir 2 à 5 fois plus que la matière brute selon sa finition.

– Objectif stratégique : développer une filière nationale des matériaux de construction.

– Retombées attendues : création d’emplois directs et indirects, développement des PME locales, réduction des importations de produits transformés et renforcement des exportations régionales.

Une étape décisive vers un « Made in Gabon »

Plus qu’une nouvelle usine, le projet de Doussegoussou constitue un test grandeur nature de la politique d’industrialisation du Gabon. Si les infrastructures, la formation et la gouvernance suivent, cette première unité pourrait devenir le socle d’une véritable filière nationale de transformation de la pierre naturelle.

Le défi est désormais de transformer cette ambition en réussite industrielle durable. Car c’est moins l’extraction de la richesse que sa transformation sur le territoire national qui déterminera, à long terme, la capacité du Gabon à créer des emplois, à accroître ses revenus et à bâtir une économie plus diversifiée, compétitive et résiliente.

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