Reconnaître pour refonder : Sept leçons pour sauver l’école gabonaise

La crise qui secoue aujourd’hui l’éducation nationale ne peut être réduite à une querelle salariale ou à un simple bras de fer social. Elle révèle quelque chose de plus profond : une difficulté collective à reconnaître la nature des engagements qui fondent une société et à hiérarchiser, avec lucidité, ce qui mérite protection, investissement et égards particuliers. Loin d’être une dérive, cette crise peut devenir un moment fondateur comme l’a déjà dit le Dr Guy Roger KABA , à condition d’en tirer les bonnes leçons.

Voici voici donc, à la suite de la lecture du poste de l’Inspecteur Pédagogique émérite Jean EYENE BEKALE, les sept leçons principales que cette épreuve pourrait imposer à notre conscience civique et politique.

1. L’égalité arithmétique n’est pas la justice
Traiter toutes les revendications comme équivalentes, au nom d’une égalité abstraite, est une illusion dangereuse. Les sociétés durables pratiquent l’équité, non l’uniformité. Certains métiers, par la nature même de leur engagement, appellent un traitement différencié. Refuser de le reconnaître, c’est fragiliser l’édifice commun.

2. Le logement des enseignants est un signal, pas un privilège
Garantir un accès facile à un logement décent en début de carrière n’est pas un luxe : c’est un acte symbolique fort. Il sécurise l’entrée dans le métier, libère l’énergie intellectuelle et envoie un message clair : la Nation investit dans ceux qui forment son avenir. Là où la reconnaissance matérielle manque, la défiance prospère.

3. L’enseignement est un sacerdoce au sens anthropologique
Enseigner, c’est apprendre toute sa vie, travailler au-delà des horaires, porter une responsabilité intergénérationnelle. Ce n’est pas un slogan, c’est un fait . Les sociétés qui exigent cet engagement total sans contreparties symboliques et matérielles préparent soit la désertion, soit la révolte. Reconnaître le sacerdoce, c’est protéger la mission.

4. La crise révèle la faillite du leadership intermédiaire
Le chef d’établissement n’est pas un simple gestionnaire : il est médiateur, régulateur, garant du climat scolaire. Lorsque ce leadership fait défaut, les tensions remontent au sommet et deviennent ingérables. On ne gouverne pas une école depuis les hauteurs si les relais de proximité – et il en existe plusieurs- sont faibles ou faiblement mis à contribution.

5. L’instabilité ministérielle tue la réforme
La valse des ministres a sapé la continuité des politiques éducatives. Or, aucune réforme sérieuse ne prospère sans stabilité institutionnelle. Les réformes avortées épuisent les acteurs, décrédibilisent la parole publique et installent un scepticisme durable. La constance est une condition de la confiance.

6. La formation des enseignants est une question de souveraineté
La formation ne peut être l’otage des rivalités institutionnelles. Elle doit répondre d’abord aux besoins stratégiques du système éducatif national. Un mariage de raison patriotique entre l’Enseignement supérieur et l’Éducation nationale est indispensable : il garantit à la fois l’excellence académique et l’efficacité administrative.

7. La crise est aussi un déficit de culture civique
L’incompréhension face aux traitements différenciés accordés aux métiers d’engagement révèle une érosion du sens civique. Une société qui ne sait plus hiérarchiser ses priorités finit par fragiliser ce qui la maintient debout. L’instruction civique n’est pas un supplément d’âme, un décoratif : elle est un pilier de la cohésion nationale.

La crise actuelle n’est ni une anomalie ni une fatalité. Elle est un révélateur et, potentiellement, un catalyseur . Si nous acceptons d’en tirer les bonnes leçons, elle peut devenir le point de départ d’une refondation du pacte entre la République et ses enseignants. Car une vérité demeure, universelle et incontournable : aucune réforme durable de l’école ne se fait contre les enseignants, mais toujours avec eux. Hugues OKOUMA, Inspecteur Pédagogique, SGA du Syndicat des Inspecteur de l’Education Nationale.

Cendy

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