Le paysage sportif gabonais traverse une zone de fortes turbulences. Le ministre des Sports, Paul Ulrich Kessany Zategwa, a annoncé le 13 avril 2026 la suspension immédiate des processus électoraux à la Fédération Gabonaise de Football (FEGAFOOT) et au Comité National Olympique du Gabon (CNOG). Une décision inédite, présentée comme une étape nécessaire pour assainir en profondeur la gouvernance du sport national.
Une décision radicale pour un système sous pression
Le gouvernement justifie cette mesure par le non-respect des textes réglementaires encadrant les élections sportives. Selon le ministère, plusieurs irrégularités ont entaché le processus : contestations de candidatures, critères d’éligibilité discutables et procédures jugées non conformes aux statuts.
Face à ces dysfonctionnements, les autorités ont opté pour une suspension pure et simple, accompagnée d’une injonction claire : toutes les associations sportives disposent désormais d’un délai de six mois pour régulariser leur situation administrative. À cet effet, un guichet unique conjoint entre le ministère des Sports et le ministère de l’Intérieur a été mis en place afin de centraliser et accélérer les démarches.
Une réforme structurelle en toile de fond
Au-delà de la crise électorale, cette décision s’inscrit dans une volonté plus large de réorganiser le secteur sportif gabonais. Depuis plusieurs années, celui-ci est marqué par des conflits internes récurrents, des accusations de mauvaise gestion et un déficit de transparence.
L’objectif affiché par les autorités est de remettre à plat les bases juridiques et administratives des fédérations, afin de garantir à terme des processus électoraux crédibles et inclusifs. Une démarche qui, selon certains observateurs, pourrait permettre de restaurer la confiance des acteurs sportifs et des partenaires internationaux.
L’équilibre délicat avec les instances internationales
Conscientes des risques liés à une intervention étatique dans la gestion du sport, les autorités gabonaises ont officiellement saisi la FIFA, la Confédération Africaine de Football (CAF) et le Comité International Olympique (CIO).
Ces organisations, garantes de l’autonomie des fédérations sportives, se montrent traditionnellement fermes face à toute ingérence politique. Une suspension du Gabon des compétitions internationales reste donc un risque réel si la démarche est jugée non conforme aux principes en vigueur.
Dans ce contexte, une mission conjointe FIFA-CAF est attendue à Libreville dans les prochains jours. Elle devrait rencontrer les autorités gouvernementales ainsi que le bureau sortant de la FEGAFOOT, dirigé par Pierre-Alain Mounguengui, afin d’évaluer la situation et proposer une issue consensuelle.
Vers une solution transitoire ?
Parmi les pistes évoquées figure la mise en place d’une transition encadrée, avec le maintien provisoire des instances actuelles pour une durée limitée, le temps de finaliser les réformes engagées. Les discussions porteront également sur les critères d’éligibilité des candidats et sur les modalités d’organisation de futures élections.
Ce scénario viserait à éviter un vide institutionnel tout en garantissant une reprise du processus électoral dans un cadre assaini.
Un tournant décisif pour le sport gabonais
Cette suspension marque un tournant majeur. Elle met en lumière les failles structurelles du système sportif national, tout en ouvrant la voie à une refondation en profondeur. Mais elle expose également le Gabon à des tensions avec les instances internationales, dont les décisions seront déterminantes dans les jours à venir.
Entre impératif de réforme et respect des normes internationales, le sport gabonais se trouve à la croisée des chemins. La capacité des différents acteurs à dialoguer et à trouver un compromis durable sera essentielle pour éviter une crise plus profonde et préserver la crédibilité du pays sur la scène sportive mondiale.

