Un an après son arrivée au pouvoir, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a choisi Port-Gentil, cœur pétrolier du pays, pour détailler sa stratégie de transformation économique. Dans un discours prononcé devant les autorités locales et les opérateurs du secteur, le chef de l’État a placé la transparence des revenus extractifs et la modernisation urbaine au centre de son action.
Transparence : sécuriser des centaines de milliards de FCFA
Dans une province qui concentre environ 80 % de la production pétrolière nationale et la totalité du gaz, le président a exigé la publication complète des revenus issus du pétrole et du gaz, en référence aux standards de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives.
Autre mesure phare : le rapatriement des fonds pétroliers logés à l’étranger (fonds de réhabilitation, responsabilité sociétale des entreprises, fonds de concours). Selon plusieurs estimations du secteur, les pertes liées aux pratiques frauduleuses et aux flux financiers illicites pourraient représenter jusqu’à 10 % des revenus extractifs, soit des dizaines, voire des centaines de milliards de FCFA par an pour le Gabon.
Le président a également insisté sur la fiabilisation des systèmes de mesure dans les terminaux pétroliers, condition essentielle pour garantir l’exactitude des volumes exportés et, par conséquent, des recettes publiques. Des sanctions allant jusqu’à la résiliation des contrats ont été évoquées en cas de non-conformité.
Industrialisation : cap sur la transformation locale
Le discours a aussi mis l’accent sur la transformation locale des matières premières, notamment le manganèse, dont le Gabon est le deuxième producteur mondial. L’objectif affiché est de créer de la valeur ajoutée sur le territoire, de générer plusieurs milliers d’emplois et de réduire la dépendance aux exportations de matières brutes.
Port-Gentil 2 : un projet urbain structurant
Sur le volet urbain, le chef de l’État a annoncé la création d’un nouveau pôle de développement à Ntchenguet :
30 hectares aménagés;
Construction de logements écologiques;
Implantation d’infrastructures commerciales, administratives et éducatives;
Réhabilitation d’équipements existants.
Le projet inclut également la réalisation d’une rocade de 38 km, destinée à désenclaver la ville et à limiter les risques d’inondation dans une cité où plus de 70 % de l’habitat est jugé précaire.
Le financement reposera en partie sur la contribution des opérateurs pétroliers et gaziers, dans le cadre de leurs engagements sociaux.
Pilotage local et gouvernance
La coordination du projet a été confiée au maire Pascal Huangni Ambourouet, chargé de mettre en place une équipe associant pouvoirs publics, experts et société civile.
Des enjeux multiples
Au-delà des annonces, plusieurs défis se dessinent :
-Fnancier : améliorer la collecte et la traçabilité des revenus publics;
-Économique : réussir la diversification et l’industrialisation;
Social : accompagner la relocalisation des populations vivant en zones précaires;
Environnemental : adapter la ville aux effets du changement climatique.
Une réforme attendue au tournant
En s’appuyant sur Port-Gentil comme laboratoire, Brice Clotaire Oligui Nguema entend démontrer que les revenus extractifs peuvent être convertis en argent concret. La mise en œuvre effective de ces mesures, dans un secteur historiquement opaque, constituera le principal test de crédibilité de cette stratégie.

