Pourquoi la vérité fait débat chez nous* ?
La vérité coûte cher, dire vrai sur un marché public, une nomination, une panne d’électricité, peut valoir un poste, un contrat, parfois la liberté. Quand la critique devient un délit, la vérité devient une munition. Alors on préfère la taire ou ta tordre.
La vérité n’a pas d’arbitre car si le juge perd son latin sur un texte clair, comment trancher a-t-il sur les faits ? Chacun arrive avec sa vérité, son influenceur, son micro. On a des versions, plus des faits. Des récits, plus des rapports.
La vérité n’a de défenseurs parce que l’obscurité arrange. La vérité c’est la lumière car elle empêche les arrangements. Tant que l’intérêt vit de la pénombre, la vérité sera présentée comme clivante, partisane, dangereuse.
Conséquences, la conscience collective d’anesthésie, à force d’entendre tout et son contraire, sans sanction du mensonge, ni prime à l’exactitude, on glisse dans le scepticisme. Ainsi il n’est pas rare d’entendre, ils sont tous pareils, on nous ment, ça ne changera pas. Et ce scepticisme, c’est le meilleur allié de l’impunité.
Quand une personne ne croit plus à une vérité commune, chacun défend la sienne. Et là, il n’y a plus de foyer à éclairer, il n’y a que des camps à alimenter, pendant ce temps, l’électricité reste dans l’air.
Aussi, il est impérieux de rétablir la vérité comme norme, ce n’est pas une affaire de morale en l’air. C’est une affaire d’institutions, avec des chiffres publics fiables, une justice prévisible, des médias qui vérifient avant d’amplifier, des démissions qui reconnaissent l’erreur.Tant que la vérité sera un risque, le mensonge sera un refuge. Et tant que le mensonge sera un refuge, la maison restera dans le noir.
Alors qui a intérêt, aujourd’hui à ce que la vérité redevienne bon marché ?

