Le 30 août 2023 a rallumé l’espoir, mais pas les compteurs. On a cru que la décentralisation allait enfin sortir du papier. Pour l’instant, elle y restée, on a décentralisé la responsabilité, pas la recette, on a donné les clés de l’école au maire, mais on a gardé l’argent pour payer la craie à Libreville.
Comme si le mécanisme de l’échec était rôdé, la Loi 15/96 relative à décentralisation affiche 29 ans de promesse, texte généreux, application rachitique. On a transféré les écoles, les dispensaires, les routes….sans transférer l’assiette fiscale. C’est comme si on donnait un malade à soigner sans donner le médicament. Le Maire signe, inaugure, explique, mais il ne soigne pas.
Comme par mimétisme ou par effet de mode, alors que l’État a voté une Loi des finances optimiste, les mairies suivent par réflexe ou par pression. Résultat, 90% des communes votent des millions adossés à des ristournes, qui viennent à compte-gouttes. On appelle ça budget, mais c’est plus un vœu, mais un vœu, ça ne débouche pas un caniveau.
Sans pétrole, mine ou forêt, il reste quoi ? les marchés et les patentes. Deux recettes que personne ne collecte vraiment, faute d’agents, de moyens, de fichier, de courage politique. Alors on vit de dotations, et la dotation c’est l’aumône, elle vient quand elle veut, si elle veut.
On ment par optimiste avec des délibérations qui brillent en session, mais malheureusement s’éteignent à la sortie, zéro courant dans les compteurs, zéro eau dans les robinets.
Chaque année déjà, les iconoclastes ont toujours effacé l’échec de N-1 pour revoter en hausse sans bilan sincère, sans mémoire, on repart toujours de zéro pour arriver à zéro.
Pour insuffisance de fonds, les communes n’ont pas d’épargne, elles se voient parfois obligées de compter sur la magnificence de l’homme fort du bled pour couvrir certaines charges. Dans ce cas, il n’est pas rare de voir la confusion s’installer dans la paternité de biens reçus, entre l’édile et la municipalité. Mais le citoyen n’est pas dupe, il fait le calcul.
Dans ce cas, la confiance meurt deux fois, envers l’État lointain qui fait des promesses non tenues, et envers le Maire que l’on côtoie dans le quartier. Mais un Maire qui n’a plus la confiance de ses administrés n’est plus un élu, c’est un fusible.
Grâce à l’organisation des ateliers de renforcement de capacités, les élus locaux, par la tutelle, il faudra espérer que ces derniers acquièrent des réflexes de bons administrateurs en visant la sincérité brutale des chiffres comme norme comptable. S’inscrire que 80% des recettes certaines. Le reste va en recettes conditionnelles hors budget principal. Un Maire qui exécute 100% d’un petit budget gagne plus de respect qu’un Maire qui exécute 10% d’un gros budget.
Grâce à ces formations, les exigences de la décentralisation seront mieux maîtrisées.On ne transfère pas une école sans la part de la TVA ou de redevance qui la fait vivre, sinon on garde l’école. l’État ne peut garder la recette et donner la facture.
Tant qu’on votera des budgets pour se faire plaisir, les mairies resteront des bureaux de poste. Elles transmettront les doléances à Libreville et rendront les condoléances aux populations. Le développement, lui, restera une ligne dans le discours d’ouverture de session.
La Vè République se veut réformatrice, la réforme commence par le fait de dire la vérité sur l’argent du territoire, sinon le 30 août 2023 n’aura ressuscité que l’espoir, mais pas les communes.

