Libreville, la capitale gabonaise est la plus grande commune du pays, sa mairie qui devrait être l’affaire de tous, semble être la chasse gardée des ressortissants de l’estuaire, ou appartiendrait plus exactement à leurs états-majors politiques. Ministres originaires de la province, députés de la commune, cadres des partis, leaders d’associations provinciales. Tous ont un mot à dire sur l’hôtel de Ville. Tous veulent leur homme, leur zone d’influence, leur marché.
Ainsi avec toutes ces influences, le Maire de Libreville préside le conseil municipal, mais il ne règne pas. La mairie ne gouverne plus la ville, elle arbitre des ambitions.
La mairie de Libreville obéit avant tout à la géographie du pouvoir. L’estuaire est la première province du pays, avec le plus d’électeurs, et qui concentre plus de la moitié de la population.
Contrôler la mairie de Libreville c’est tenir le cœur du réacteur, c’est peser sur la mobilisation militante.
Compte tenu de cette influence, l’hôtel de Ville de Libreville fait l’objet de toutes les attentions, avec toutes les luttes d’influence qui s’y développent.
Un Maire nommé, un Maire contesté, un Maire débarqué, à l’hôtel de ville de Libreville, les locataires défilent mais les problèmes restent. Depuis près d’une décennie, rares sont ceux qui bouclent. La valse des maires semble devenir la norme. Et une mairie instable c’est une ville sans cap.
Le Maire de Libreville n’est pas seulement comptable devant son conseil municipal, il doit rendre compte « aux grands » de la province. Quand ces grands se déchirent, la mairie tangue, quand ils s’entendent, elle respire, mais dans les deux cas, c’est Libreville qui paie l’addition.
A l’hôtel de Ville, les directions se partagent comme des fiefs. La mairie pour le clan, les marchés pour un autre, les ressources humaines pour un troisième sous-groupe. Chaque nomination est un équilibre ethno-politique, chaque appel d’offres est scrutin par les parrains. Le Maire, même élu, devient gestionnaire d’équilibres fragiles. S’il tranche pour l’intérêt pour l’intérêt général, il froisse un réseau, s’il cède, il nourrit la prédation. Dans les deux cas, il perd, et la ville avec lui.
La mairie de Libreville est une marche du podium national, on y place des fidèles, on y teste les dauphins, on y sanctionne les dissidents ou les esprits critiques libres. Résultat, les critères de choix sont politiques et pas toujours techniques. Et les critères de révocation aussi. Un maire très populaire fait peur, un maire trop effacé déçoit, un Maire trop proche d’un camp devient gênant. Ainsi la ville devient un pion sur l’échiquier national, et les pions ça saute vite.
Officiellement le Maire est élu par les conseillers, eux-mêmes élus par les librevillois. Mais officieusement sa survie dépend du soutien des barons esturiens. Un désaveu du parti, une fronde des députés de Libreville, et le siège tremble. La sanction ne vient plus des urnes, elle vient des salons, la démocratie locale est prise en otage par la géopolitique interne de la province.
Dans ce cas, la ville ne bénéficie pas d’une vision à long terme avec un schéma directeur suivi et régulièrement évalué. Pas de réforme de fond sur l’assainissement sur un long terme, pas de mémoire municipal, ou de transport parce que cela bousculerait trop d’intérêts installés. Pas d’autorité, parce qu’elle est diluée entre plusieurs tuteurs. Chaque Maire arrive, dénonce son prédécesseur, lance trois chantiers, puis s’en va ou est viré avant de les finir.
Conséquence, Libreville est gérée par à-coups, la ville perd son temps, de l’argent et de la confiance.
Que faire ? Sortir de l’hypocrisie.
Soit on veut une vraie décentralisation, on transfère les compétences et les ressources, on protège le mandat du Maire, on le juge aux urnes pas par décret.
Soit on assume la recentralisation, on nomme un administrateur-maire et on arrête de faire semblant d’élire.
Mais on ne peut pas garder ce système hybride, tant que Libreville sera un enjeu de pouvoir avant d’être un projet de ville, la valse continuera, et ce sont les Librevillois qui paieront l’orchestre.
Hermann Ditsoga, partisan de la norme

