Au terme de la première année de gouvernance de Brice Clotaire Oligui Nguema, le constat dressé lors du Conseil des ministres du 30 avril 2026 est à la fois lucide et exigeant. Lucide, parce qu’il reconnaît des avancées institutionnelles réelles ; exigeant, parce qu’il admet sans détour que l’impact sur la vie des citoyens reste insuffisant. C’est précisément dans cet écart entre ambition et résultats que se joue l’enjeu central de l’An 2 : celui du suivi-évaluation du projet de société.
Car gouverner ne consiste plus seulement à annoncer des réformes ou à rompre avec le passé. Désormais, la légitimité politique se mesure à l’aune de résultats tangibles, vérifiables, et surtout perceptibles par les populations. Le passage “de la refondation à la preuve”, pour reprendre les termes du Chef de l’État, impose une transformation profonde de la culture administrative gabonaise.
Le premier levier de cette transformation réside dans l’instauration d’une véritable culture de la performance publique. L’exigence de feuilles de route claires, assorties d’indicateurs précis et mesurables pour chaque responsable administratif, constitue une avancée structurante. Mais encore faut-il que ces outils ne restent pas formels. Le suivi-évaluation doit être régulier, indépendant et, surtout, contraignant. Sans mécanisme de sanction ou de récompense, l’évaluation perd toute crédibilité.
Le deuxième levier concerne la redevabilité systémique. Le Président a insisté sur la responsabilité pleine et entière des ministres. Cette orientation est décisive. Elle implique que chaque action publique puisse être tracée, expliquée et justifiée devant les citoyens. Cela suppose une communication gouvernementale plus transparente, mais aussi des institutions de contrôle renforcées, capables d’auditer les politiques publiques sans complaisance.
Troisièmement, le suivi-évaluation doit intégrer une dimension souvent négligée : l’impact social réel. L’emploi, le pouvoir d’achat, l’accès aux services de base — autant d’indicateurs qui doivent devenir centraux dans la communication de l’action publique. Une politique réussie n’est pas celle qui respecte un calendrier administratif, mais celle qui améliore concrètement le quotidien.
En outre, l’accent mis sur les contrats de performance dans le secteur parapublic ouvre une piste prometteuse. En liant les moyens aux résultats, l’État introduit une logique d’efficacité dans des structures longtemps critiquées pour leur inertie. Là encore, le défi sera celui du suivi rigoureux et de la publication des résultats, condition essentielle pour instaurer la confiance.
Mais au-delà des outils techniques, le véritable défi est culturel. Il s’agit de passer d’une administration de moyens à une administration de résultats, d’un État prescripteur à un État évaluateur. Cette mutation ne peut réussir sans volonté politique constante, ni sans exemplarité au sommet.
Enfin, le succès du suivi-évaluation dépendra aussi de l’implication des citoyens. Une gouvernance moderne ne peut se concevoir sans regard extérieur. La société civile, les médias et les partenaires internationaux ont un rôle à jouer pour apprécier, questionner et enrichir l’action publique.
L’An 2 de la gouvernance s’annonce donc comme une épreuve de vérité. Les bases sont posées, les intentions affichées. Reste à transformer l’essai. Car, en définitive, ce n’est pas la promesse de transformation qui sera jugée, mais sa réalité.
Le temps des annonces est passé. Celui des résultats commence.
Qui vivra, verra!

