Africa CEO Forum 2026 : A Kigali, Oligui Nguema défend une intégration africaine fondée sur la souveraineté économique

Le Président de la République gabonaise, Brice Clotaire Oligui Nguema, a pris part jeudi 14 mai 2026 à la 13e édition de l’Africa CEO Forum organisée à Kigali, un rendez-vous majeur réunissant plusieurs chefs d’État africains, dirigeants d’institutions financières, investisseurs et capitaines d’industrie autour des enjeux de transformation économique du continent.

Aux côtés notamment du Président nigérian Bola Ahmed Tinubu et sous l’égide du Président rwandais Paul Kagame, le Chef de l’État gabonais a participé au panel présidentiel intitulé : « L’Afrique peut-elle transformer ses alliances continentales en actifs stratégiques ? ».

À travers cette intervention, Libreville a affiché sa volonté de renforcer son positionnement dans la nouvelle dynamique économique africaine, marquée par l’accélération des politiques d’intégration régionale, la montée des enjeux de souveraineté économique et la recherche de nouveaux modèles de coopération Sud-Sud.

La ZLECAF au cœur des ambitions africaines

Dans son allocution, Brice Clotaire Oligui Nguema a insisté sur le potentiel encore largement sous-exploité de la Zone de libre-échange continentale africaine, présentée comme l’un des principaux leviers de transformation structurelle du continent.

Entrée officiellement en vigueur en janvier 2021, la ZLECAF constitue aujourd’hui le plus vaste marché de libre-échange au monde en nombre de pays participants, avec 54 États signataires sur les 55 pays de l’Union africaine et plus de 1,4 milliard d’habitants concernés. Selon les projections de la Banque mondiale, sa pleine mise en œuvre pourrait augmenter de 450 milliards de dollars les revenus du continent d’ici 2035 et sortir près de 30 millions d’Africains de l’extrême pauvreté.

Pour le Président gabonais, ces ambitions ne pourront toutefois être atteintes sans une application effective des mécanismes de libre circulation des biens, des capitaux, des services et des compétences africaines.

« L’Afrique ne peut plus se contenter de signer des accords. Elle doit désormais transformer ses engagements en réalités économiques concrètes », a-t-il indiqué en substance.

Aujourd’hui, le commerce intra-africain représente encore environ 15 % des échanges commerciaux du continent, contre près de 60 % en Europe et environ 40 % en Asie. Un retard que plusieurs dirigeants africains souhaitent désormais réduire à travers le développement des infrastructures régionales et des chaînes de valeur continentales.

Trois priorités stratégiques mises en avant par Libreville

Le Président gabonais a structuré son intervention autour de trois axes jugés prioritaires pour transformer les alliances africaines en véritables outils de puissance économique.

La stabilité politique comme préalable au développement

Premier axe défendu : faire des alliances africaines des instruments de paix et de stabilité régionale.

Dans un contexte marqué par les crises sécuritaires au Sahel, les tensions géopolitiques dans certaines régions africaines et la montée des risques terroristes, Brice Clotaire Oligui Nguema a estimé qu’aucune intégration économique durable ne peut prospérer sans stabilité institutionnelle et sécuritaire.

Cette approche intervient alors que les dépenses militaires africaines ont dépassé 50 milliards de dollars en 2025 selon plusieurs estimations internationales, illustrant le poids croissant des enjeux sécuritaires sur les finances publiques africaines.

Accélérer l’industrialisation africaine

Deuxième priorité évoquée : le renforcement de la coopération économique Sud-Sud à travers l’émergence de champions industriels africains.

Le Chef de l’État gabonais a plaidé pour davantage de joint-ventures africaines, de coentreprises industrielles et de partenariats régionaux capables de transformer localement les ressources naturelles du continent.

Cette orientation rejoint la stratégie économique actuellement portée par le Gabon, qui cherche à réduire progressivement sa dépendance aux exportations de matières premières brutes, notamment dans les secteurs du pétrole, du manganèse et du bois.

Le Gabon demeure l’un des principaux producteurs mondiaux de manganèse, représentant environ 25 % des réserves mondiales connues, tandis que la filière bois contribue à plusieurs centaines de millions de dollars de recettes annuelles. Toutefois, une grande partie de ces ressources continue d’être exportée avec une faible valeur ajoutée locale.

Pour Libreville, la transformation industrielle locale constitue désormais un enjeu central de souveraineté économique et de création d’emplois.

Passer des déclarations aux résultats

Enfin, Brice Clotaire Oligui Nguema a insisté sur la nécessité pour les États africains de respecter leurs engagements communautaires afin d’éviter que les grands projets continentaux ne restent symboliques.

Cette question demeure l’un des principaux défis de l’intégration africaine. Malgré l’existence de plusieurs communautés économiques régionales — CEMAC, CEDEAO, SADC ou encore EAC — les barrières tarifaires, les lourdeurs administratives et les insuffisances logistiques continuent de freiner les échanges intra-africains.

Selon la Banque africaine de développement, le déficit annuel de financement des infrastructures africaines est estimé entre 68 et 108 milliards de dollars.

Le Gabon veut renforcer son attractivité économique

Au-delà des enjeux continentaux, cette participation du Président gabonais à Kigali traduit également la volonté du Gabon d’améliorer son attractivité auprès des investisseurs africains et internationaux.

Depuis le début de la Transition, les autorités gabonaises multiplient les initiatives diplomatiques et économiques visant à repositionner le pays comme un acteur stable et ouvert aux investissements structurants.

Le gouvernement mise notamment sur les infrastructures, l’industrialisation, l’agro-industrie, les mines et la transformation locale des matières premières pour diversifier une économie encore fortement dépendante des hydrocarbures.

Le pétrole représente encore près de 38 % du PIB gabonais, plus de 70 % des exportations et une part importante des recettes budgétaires nationales.

Dans ce contexte, le discours porté à Kigali apparaît comme une tentative de concilier intégration africaine, souveraineté économique et diversification productive.

Kigali, nouveau carrefour des ambitions économiques africaines

Organisé chaque année, l’Africa CEO Forum s’impose progressivement comme l’un des principaux espaces de dialogue économique du continent.

L’édition 2026 rassemble plusieurs milliers de participants issus de plus de 70 pays, avec pour objectif de favoriser les investissements, accélérer l’intégration régionale et renforcer les partenariats entre secteurs public et privé africains.

Pour de nombreux observateurs, les débats de Kigali interviennent dans un contexte particulier, marqué par la recomposition des rapports économiques mondiaux, la concurrence des puissances étrangères pour l’accès aux ressources africaines et la volonté croissante des États africains de contrôler davantage leurs chaînes de valeur stratégiques.

À Kigali, le message porté par le Président gabonais se veut donc clair : l’Afrique doit désormais transformer ses alliances politiques en leviers économiques capables de produire de la croissance, des emplois et une souveraineté durable.

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