On a changé le nom, pas la logique. Hier c’étaient les fêtes tournantes : un défilé, des décorations, des discours, des enveloppes, et on repartait à la capitale.
Aujourd’hui, ce sont 7 milliards qui ont tourné : une enveloppe déconcentrée, des commissions, des projets annoncés. Et dans beaucoup de provinces, le sentiment reste le même : on a vu l’événement, mais on attend toujours le développement.
Faire tourner la fête de l’indépendance dans le souci de tenter de rééquilibrer le développement entre les provinces, a eu le mérite de, ramener la visibilité de l’État dans les chefs lieux de provinces, casser le monopole de Libreville.
Mais l’effet s’est arrêté au weekend, un stade inauguré sans finition, ni maintenance assumée, une route refaite à moitié, un marché sans eau ni électricité.
Même problème avec les 7 milliards, l’argent semble-t-il serait arrivé, mais très mal calibré, distribué dans l’opacité, mal utilisé. On a financé 20 micro-projets au lieu de terminer chantiers en jachère qui auraient pu changer le cours de la vie des populations. Résultat : trop de bruit, peu de chantiers livrés, peu de services opérationnels après livraison.
Les provinces n’attendaient pas un chèque, elles attendaient un levier de développement.
Le développement, lui, ne vient pas de l’enveloppe elle-même, il vient de ce que l’enveloppe débloque :
. Une route qui permet au manioc d’arriver au marché,
. Un centre de santé qui a des médicaments et du personnel 12 mois sur 12, pas 3 mois,
. Un lycée technique relié à une PME locale qui embauche.
Tant que les 7 milliards continueront de financer des projets isolés sans chaîne de valeur, sans maintenance prévue, on reproduira la logique des fêtes tournantes qui ont brillé le jour et se sont éteintes le mois suivant.
Pour atteindre les objectifs de développement recherchés le principe de 7 milliards par province devrait changer de logique.
1/ Des objectifs chiffrés par province, tout en jetant un coup d’œil sur les livres blancs, pas améliorer l’agriculture mais réduire de 30% les pertes post-récolte sur l’axe mabanda-tchibanga par exemple
2/ Un contrat clair, l’État central met l’argent, la province s’engage pour l’entretien, le privé s’engage pour l’exploitation. Chacun signe et chacun répond
3/ *Un suivi public avec un tableau de bord trimestriel, accessible avec ce qui est fait, ce qui bloque.
Sans contrôle et suivi strict, les fêtes tournantes sont restées des occasions de distribution de fonds dans des cercles concentriques. Géré avec rigueur, les fonds des fêtes tournantes auraient constitué de véritables opportunités d’investissement.
Aujourd’hui les provinces qui débordent d’éléphants blancs, ne demandent pas l’impossible, elles demandent que l’argent passe en laissant des traces.
Les 7 milliards doivent être traités comme un outil de péréquation et de levier économique pas comme une tournée de campagne. Les missions de contrôle mobilisées à travers l’ensemble du territoire devraient mettre en lumière les manquements et établir les responsabilités, pour apporter une suite judiciaire.
Si dans deux ans, on mesure encore le développement au nombre de discours prononcés dans chaque province, on aura juste changé le nom des fêtes tournantes.
Si on le mesure au nombre d’entreprises viables, au nombre de kilomètres de routes qui résistent à la dégradation, alors on pourra conclure à la réussite de l’initiative présidentielle, qui dans ce cas pourra être amplifiée avec le transfert des compétences aux collectivités locales, prévue dans le cadre de la décentralisation.
Les provinces à l’unisson s’interrogent, est-ce on leur donne des enveloppes pour enrichir des individus, ou on leur offre des leviers de développement qui impactent le développement local.
Hermann Ditsoga, partisan de la norme

