Ekpessosso, 363ᵉ édition : Le 3 septembre 2026, la préfecture des Lacs scelle l’alliance entre mémoire et avenir du peuple Guin-Mina

Aného – La forêt sacrée de Gbatsomé, à Glidji, s’apprête à redevenir, le jeudi 3 septembre 2026, le centre spirituel et culturel du peuple Guin-Mina. La préfecture des Lacs accueillera cette année la 363ᵉ édition d’Ekpessosso, cérémonie de la prise de la pierre sacrée, temps fort du nouvel an traditionnel guin.

Annoncée par le collège des grands prêtres et des chefs traditionnels réunis à Aného, cette édition s’inscrit dans la continuité d’un cycle rituel transmis depuis plus de trois siècles. Elle intervient quelques mois après l’inscription d’Ekpessosso sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO en décembre 2025, consécration internationale d’un savoir vivant.

Le rituel de la pierre : lire le signe pour orienter l’année

Au cœur de la cérémonie, la sortie annuelle de la pierre sacrée constitue l’acte fondateur. Conservée dans la forêt sacrée, la pierre est exhumée selon des prescriptions immémoriales. Sa couleur, sa forme, son état sont interprétés par les grands prêtres comme un message des divinités, orientant la communauté sur les défis et les perspectives de l’année à venir.

Cette lecture n’a rien d’arbitraire. Elle repose sur une herméneutique transmise de génération en génération, qui fait de la pierre à la fois un témoin du passé et un guide pour l’avenir.

Un cycle cérémoniel structurant la vie communautaire

La prise de la pierre sacrée ne s’entend pas isolément. Elle s’insère dans une séquence rituelle qui mobilise la communauté plusieurs jours durant et structure le rapport des vivants aux ancêtres et aux divinités :

  1. Sedodo : proclamation publique des interdits qui régiront l’année.
  2. Situtu : rites de purification collective.
  3. Montata et Avéfon : apurement des voies et débroussaillement symbolique.
  4. Nloli-Yogbé : invocation des ancêtres pour solliciter leur bienveillance.
  5. Yêkêyêkê Dugbé : repas rituel d’unité, expression de la solidarité communautaire.
  6. Ekpantchontchon : carnaval de désacralisation qui clôt le cycle et rend la communauté au temps profane.

Ces séquences ne relèvent pas du folklore. Elles réactualisent le pacte social, rappellent les valeurs de cohésion, de responsabilité et de transmission, et renforcent le lien entre Glidji et l’ensemble du pays Guin-Mina.

Enjeux contemporains d’un patrimoine vivant

Au-delà de sa portée spirituelle, la 363ᵉ édition d’Ekpessosso revêt une dimension politique et sociale. Dans un contexte régional marqué par l’instabilité, le message porté par la cérémonie insiste sur l’unité, la fidélité aux valeurs fondamentales et la préservation de l’équilibre communautaire.

La préfecture des Lacs, subdivision administrative de la Région maritime depuis 1981, se prépare à accueillir une affluence importante. Autorités préfectorales et chefferie traditionnelle coordonnent les dispositifs d’accueil, de sécurité et de circulation afin de garantir le bon déroulement des rites et la dignité de l’événement.

Pour les gardiens de la tradition, cette édition est aussi un test de transmission. Il s’agit de démontrer que la jeunesse, confrontée aux mutations du monde moderne, demeure capable de reconnaître dans le rite un langage intelligible et une source d’identité.

Un rendez-vous au croisement du temps

Le 3 septembre 2026, la pierre sacrée parlera de nouveau. Et avec elle, c’est la mémoire du peuple Guin-Mina qui s’énoncera, exigeante et actuelle.

Dans l’espace d’un jour, la préfecture des Lacs redeviendra ce qu’elle est depuis des siècles : le lieu où le passé interroge le présent, et où la communauté réaffirme sa volonté de demeurer fidèle à ce qui la fonde.

Dodzi AGBOZOH-GUIDIH

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