Vouloir s’approprier l’indépendance économique, sans capitalistes locaux, une gageure

L’indépendance politique, on l’a eue avec des discours et une signature. L’indépendance économique, c’est une autre histoire, c’est un chantier qu’est en passe d’ouvrir la nouvelle gouvernance du pays. On a commencé à acquérir Assala énergie pour s’ouvrir l’appétit avec le pétrole.

Mais l’indépendance économique ne se décrète pas, elle se construit avec des entreprises qui investissent, prennent des risques, produisent, et gardent la valeur ici. Et si ces entreprises n’existent pas, ou si on les empêche d’émerger, alors parler d’appropriation nationale devient un vœu pieux.

L’indépendance économique c’est la maîtrise de la chaîne de valeur, pas la maîtrise du discours

On peut nationaliser des contrats, changer les sigles, mettre des drapeaux sur les bâtiments, mais si la valeur ajoutée, la technologie, le financement restent à l’extérieur, on aura juste déplacé l’adresse de facturation, et de domiciliation de commande.Les pays qui ont réussi n’ont pas chassé les capitaux étrangers, ils ont d’abord fait émerger des acteurs locaux capables de co-investir, de négocier, de monter en compétence. Sans ça, l’État reste client, pas propriétaire.

Sans capitalistes locaux, l’État finit par tout porter

Quand il n’y a pas de PME et de groupes nationaux pour prendre le relais, deux choses arrivent.

1. l’État devient opérateur, banquier, et régulateur en même temps, en même temps qu’il assume des missions régaliennes. Il s’épuise, politise l’allocation des ressources et crée des rentes.

2. Les projets dépendent des appels d’offres internationaux, l’argent sort, les compétences ne restent pas, les sous-traitants locaux restent en marge.

Résultat, on parle d’indépendance, mais la fuite des capitaux et la dépendance technique s’aggravent.

Capitalistes locaux ne veut pas dire rentiers protégés

Il ne s’agit pas de créer une bourgeoise de connivence qui vit des marchés publics sans jamais prendre de risques. Un capitaliste local utile, c’est celui qui investit dans la transformation du manioc, la logistique portuaire, la maintenance industrielle, la construction, le digital. C’est celui qui perd de l’argent s’il se trompe, et qui gagne s’il crée de la valeur. Pour qu’ils existent, il faut trois choses : accès au crédit sans garantie politique, marchés publics attribués sur la performance, et qu’ils bénéficient de la protection contre la prédation administrative.

La voie réaliste, c’est l’alliance contrainte

Vouloir tout faire sans capitaux locaux étrangers serait illusoire. Vouloir tout laisser aux étrangers, également, serait une renonciation.

La gageure se lève quand on impose un deal clair :. Transfert des compétences mesurables dans chaque contrat.. Obligation de joint-venture avec des opérateurs locaux qui montent en charge.. Évaluation publique des retombées locales, en termes, d’emplois créés, de sous-traitance locale, de réinvestissement.

L’indépendance économique ne se mesure pas au nombre de sociétés à capitaux publics, elle se mesure à la part de la valeur qui reste dans le pays après chaque projet.

On peut vouloir s’approprier l’indépendance économique, comme c’est le cas en ce moment, mais sans capitaux locaux, on va courir le risque de s’approprier la responsabilité des échecs. La question n’est donc pas « faut-il des capitalistes locaux ? ». Elle est plutôt « qu’est ce que l’on fait concrètement pour qu’ils émergent et qu’ils tiennent, face à la concurrence ?

Hermann Ditsoga, partisan de la norme*

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