Gabon 4e pays le plus riche d’Afrique, la dictature des chiffres à l’épreuve des contraintes du panier de la ménagère

On ouvre les journaux : croissance à 3,2%, inflation maîtrisée à 4,1%, déficit en baisse, Gabon 4è pays le plus riche d’Afrique. Les graphiques montent, les ministres se félicitent. Et au marché, le sac de riz a pris 800 francs de plus, le bidon d’huile aussi, le trajet de taxi est saucissonné à loisir. Le panier de la ménagère ne regarde pas les décimales du PIB. Il regarde ce qui lui reste à la fin du mois.

La macro-économie raconte l’économie agrégée, pas la vie concrète

La croissance mesure la somme de ce qui a été produit et vendu. Elle monte quand un chantier démarre, quand une mine exporte, quand les services financiers tournent. Mais cette moyenne cache tout. Elle ne dit pas si les salaires ont suivi, si les prix des biens essentiels ont explosé, si les ménages du bas et du milieu ont gagné ou perdu en pouvoir d’achat. Les données macro-économiques peuvent être optimistes en affichant une croissance à 4%, 60% des ménages peuvent avoir l’impression de régresser. Les chiffres ne mentent pas, ils ne racontent juste pas la même histoire.

Le panier de la ménagère est un indicateur plus brutal qui semble traduire au mieux le coût de la vie

Le panier, c’est le test de vérité. Riz, huile, poisson, transport, loyer, médicaments. Quand trois postes bougent en même temps, l’arbitrage devient immédiat : on coupe sur la viande, on retarde les frais scolaires, on réduit les trajets. C’est là que la dictature des chiffres se fissure. Une inflation à 4% en moyenne peut signifier 12% sur l’alimentation et 0% sur l’électronique. Pour le ménage, seul le premier chiffre compte. La macro-économie décide des équilibres budgétaires, le panier lui, décide si les enfants mangent à leur faim.

Pourquoi le décalage existe et persiste

1/structure de l’économie : on mesure une croissance tirée par les matières premières et les services urbains, pendant que la majorité vit de l’informel et de la consommation importée.

2/transmission lente : même quand la croissance crée des emplois, ça met 12 à 24 mois pour toucher les ménages. Le panier, lui, change chaque semaine.

3/politique budgétaire déconnectée : on stabilise le déficit, on sécurise la note souveraine, mais on ne protège pas les postes de dépenses essentiels.

4/sortir de la dictature sans renoncer aux chiffres.

Il ne s’agit pas de jeter la macro à la poubelle, sans stabilité macro, il n’y a pas de pouvoir d’achat durable. L’hyperinflation et la d’évaluation détruisent le panier plus vite que tout. Il s’agit de subordonner la macro à ce qui touche les gens, par exemple, piloter par le pouvoir réel, cibler la protection, lier les arbitrages budgétaires au panier. L’instauration récente de la centrale d’achats pourrait constituer un début de réponse, mais il faut l’observer dans la durée pour en mesurer l’impact réel.

La croissance sans pouvoir d’achat est une abstraction, le pouvoir d’achat sans stabilité macro-économique est un feu de paille. Les deux doivent communiquer.

La dictature des chiffres macro-économiques tient tant qu’on ne lira que les tableaux de la Banque Mondiale ou du FMI. Elle s’effondrera dès que l’on ouvrira le sac de courses. Et dans le pays, c’est le sac de courses qui vote tous les jours.

Hermann Ditsoga, partisan de la norme

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