Pendant des années, l’Afrique des indépendances a vibré à l’ère des Etats providences dirigés de main de maître, par des panafricanistes assumés. On a parlé de Gabon d’abord sous le magistère du premier Président Léon MBA MINKO.
C’était l’ère de l’État providence où l’État planifiait, redistribuait, bâtissait et portait tout.
Mais les signes d’essoufflement sont vite apparus, budgets mal exécutés, inertie administrative, rentes de situation, suivi inexistant. l’État était devenu gros mais pas efficace, dépensait mais ne transformait pas. Résultat : des services publics qui commençaient à coûter cher et livrait peu. Des provinces qui attendent toujours la route, l’eau, le centre médical fonctionnel. l’État providence sans capacité d’exécution est devenu un Etat de promesses non tenues.
Quand l’État a commencé à caler, on a lancé l’appel à un sauveur. A un homme, à une volonté et à un arbitrage qui force le blocage. Ça marché à court terme. Un chantier débloqué, un marché signé, une inertie brisée. Mais malheureusement cela ne s’est pas inscrit dans la durée, le culte de la personnalité est venu briser l’élan. Tout était fait autour de l’homme et le jour où il s’en est allé, l’élan est retombé parce que le système est resté faible et le pays repart à zéro.
L’Homme providentiel tend à court-circuiter les institutions. Il tranche vite, mais il affaiblit la procédure qui aurait permis au suivant de faire pareil sans lui.
Aujourd’hui la vraie question n’est pas L’Homme ou l’État, c’est la capacité.
l’État providence sans capacité d’exécution est inutile. L’Homme providentiel sans institutions solides est éphémère.
Ce qui marche, c’est quand la volonté politique rencontre une administration qui peut exécuter, suivre, corriger. Rwanda, Ethiopie, Maroc, Ghana : les exemples qui tiennent ne sont pas ceux qui ont choisi l’un contre l’autre. Ce sont ceux qui ont aligné un leadership clair avec une machine administrative mesurable et redevable.
La voix de sortie passe par trois bascules.
- Passer de la promesse au contrat, chaque projet public doit avoir un objectif chiffré, un responsable, un délai, un suivi public. Finie la logique de l’annonce sans reddition.
- Bâtir l’administration comme un actif : former, payer, évaluer, sanctionner. Une fonction publique compétente vaut mieux que dix plans de développement.
- Encadrer le leadership sans l’étouffer : donner au dirigeant la capacité de trancher, mais dans un cadre où les arbitrages sont traçables et les institutions restent debout après lui.
L’Afrique ne manque pas d’idées ni de ressources. Elle manque de systèmes qui transforment la volonté en résultats visibles et durables.
l’État providence seul produit de l’attente, L’Homme providentiel seul produit de l’éphémère. La voie qui tient, c’est un Etat capable, piloté par un leadership qui construit des institutions plus fortes que lui.
Hermann Ditsoga, partisan de la norme

