On en parle comme pour se donner bonne conscience, mais on l’applique peu dans ce pays où la courbe du chômage résiste à l’épreuve des discours officiels.
La préférence nationale peut être utilisée pour ouvrir les marchés, et pas pour fermer la concurrence, sinon on crée des rentes pas des entrepreneurs.
Ce que la préférence nationale peut faire pour l’auto-emploi
1/ Réserver les segments de marché accessibles : les petits contrats de nettoyage, la maintenance, la restauration, la fourniture de bureau. Des marchés de 1 à 20 millions de francs CFA que les grosses boîtes ne veulent pas gérer.
Sans quota, ces marchés sont repartis à 2 ou 3 entreprises. Avec quota, on crée 200 micro-entreprises qui démarrent.
2/ Réduire le risque de démarrage : l’auto-emploi meurt à 6 mois faute de première commande. Une préférence nationale bien calibrée garantit un premier contrat public aux jeunes entreprises gabonaises. Après, elles vivent ou meurent seules.
Pourquoi ça échoué 8 fois sur 10
1/ On confond préférence nationale et protection des proches : le marché va au neveu, pas au gabonais compétent. Résultat : qualité mauvaise, délais explosés, et la préférence nationale a mauvaise réputation.
2/ Pas de contrôle sur la capacité réelle : on donne un marché à une boîte créée hier sans matériel ni équipe. Elle sous-traite et disparaît avec l’acompte.
3/ Aucune sortie prévue : la boîte reste dépendante des quotas. Dès qu’on lève la mesure, elle coule. Tu n’as pas créé d’entrepreneur, tu as créé un dépendant.
3 conditions pour que ça booste l’auto-emploi
1/ Transparence totale des attributions : on publie l’entreprise, le gérant, le chiffre d’affaires déclaré, le marché obtenu, le délai, le résultat. Si c’est opaque, ça devient du clientélisme.
2/ Accès + exigence : on réserve 20% des marchés inférieurs à 50 millions aux entreprises de moins de 3 ans. Mais on impose un registre, une garantie, et une évaluation publique à la fin sous le contrôle de l’ANPI. Ainsi on aide au démarrage, mais pas à l’incompétence.
3/ Mesure du résultat en 90 jours : nombre d’auto-entrepreneurs créés, nombre qui passe la 2è année, volume de sous-traitance payée. Si on ne publie pas les chiffres personne ne saura si ça marche.
La différence entre préférence nationale et préférence de réseau*La préférence nationale dit : si tu es proche du pouvoir, tu as le marché, même sans capacité.
La première crée de l’auto-emploi, la seconde tue la confiance dans la mesure.La préférence nationale est un levier, pas une stratégie. Elle marche quand elle sert à faire entrer les gabonais dans des marchés où ils peuvent prouver leur valeur. Elle échoue quand elle sert à garantir un revenu à des gens qui n’ont pas à prouver quoi que ce soit.
Hermann Ditsoga, partisan de la norme

