Le défi énergétique qui risque de contrarier la transition industrielle au Gabon

Au-delà de l’autosatisfaction affichée par les pouvoirs publics, le combat contre le déficit énergétique est loin d’être gagné, et mérite une attention particulière, dans cet environnement économique qui fait de la transformation locale des produits miniers, un objectif majeur à compter de 2029.

Une transition industrielle ne meurt pas par manque de volonté. Elle meurt quand une usine démarre et que le réseau coupe. Et au Gabon, le calendrier est serré : 2029 c’est 3 ans et demi. Un projet industriel de cette envergure prend 2 à 4 ans à construire, donc l’énergie doit être disponible maintenant et pas demain, ou encore en projet.

Où le blocage va frapper en premier

1/ La puissance disponible contre la puissance annoncée :

On annonce 500 MW d’hydro et de gaz, mais entre maintenance, sécheresse, pertes réseau et priorité industrielle, la puissance livrée aux zones industrielles à 60-70%.

Une usine de transformation de manganèse ou de bois a besoin de 27/4. Or une coupure de 6h par jour rend le projet non bancable.

2/ Le coût du kWh industriel

Même si la puissance existe, le tarif industriel au Gabon reste élevé, comparé au Maroc, à l’Égypte, au Nigeria. Sans une subvention ciblée ou PPA long terme (contrat d’achat d’électricité) aucune transformation locale ne tient face à l’exportation de matière brute.

3/ Le raccordement et le dernier kilomètre

La centrale est à 80 km de la zone industrielle, le réseau MT/HT (Moyenne Tension/Haute Tension) n’existe pas, ou met 3 ans à être construit. Même s’il est vrai que le projet Grand Poubara est une réalité, il nécessite encore d’importants investissements pour pouvoir répondre de façon efficiente à la demande énergétique de l’usine de transformation.

La construction du barrage annoncé pour l’alimentation de l’usine d’exploitation du fer de Belinga ne constitue non pas un gage énergétique suffisant pour soutenir le fonctionnement de l’usine de transformation du manganèse.

Il ne faut pas courir le risque d’une transformation industrielle avec du diesel, ça ne marche pas.*Pourquoi le risque est réel pour 2029

1/ Les projets énergétiques ont le même problème que les projets industriels

Ils prennent du retard au même rythme, car trop de pesanteurs entourent leurs réalisations. Ces pesanteurs sont pour l’essentiel liées à la quote-part de l’État qui arrive à tempérament, la lenteur dans le décaissement des fonds, les arbitrages politiques et les contraintes budgétaires sont autant de facteurs bloquants.

2/ La demande résidentielle qui risque d’exploser

Libreville, Port-Gentil, Franceville et Oyem s’urbanisent conséquemment, si aucune réservation de puissance n’est faite pour l’industrie, elle partira dans la clim et l’éclairage public.

3/ Plan de délestage priorisé par secteur

Aujourd’hui, on planifie les coupures, hors un industriel ne peut pas investir 50 milliards si demain il est coupé au même titre qu’un quartier résidentiel.

Leviers possibles pour sécuriser 2029

1/ Réserver des blocs de puissance industrielle dans chaque projet énergétique

Dès la signature du PPA, environ 30% de la puissance est contractée pour des zones industrielles, avec pénalité si non livrée, pas de « on verra après ».

2/ Créer des tarifs industriels compétitifs via PPA 15 ans

l’État garantit un volume, l’industriel signe pour le long terme, la banque finance. Sans visibilité prix sur 10 ans, pas d’usine de transformation.

3/ Déployer des mini-réseaux et du solaire en auto-co sommation pour les zones industrielles

Une zone industrielle de 20 ha peut être autonomes à 60% avec du solaire+stockage en 18 mois. Ça décharge le réseau national et sécurise la production.

La transition industrielle gabonaise ne butera pas sur le minerai ou la main-d’œuvre, elle butera sur l’ampère stable à prix prévisible.

Sans énergie contractée aujourd’hui, les usines de 2029 resteront des PowerPoint.

Hermann Ditsoga, partisan de la norme

Laisser un commentaire