Sénégal : Diomaye Faye limoge Ousmane Sonko et ouvre une nouvelle crise politique

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a mis fin vendredi 22 mai aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko, mettant brutalement un terme à l’alliance politique qui avait porté l’opposition au pouvoir en 2024. Le décret présidentiel entraîne également la dissolution de l’ensemble du gouvernement.

L’annonce a été faite dans la soirée à la télévision nationale par le secrétaire général de la présidence, Oumar Samba Ba.

« Le président de la République a mis fin aux fonctions de monsieur Ousmane Sonko, Premier ministre, et par conséquent à celles des ministres et secrétaires d’État membres du gouvernement », indique le communiqué officiel.

Le gouvernement sortant est chargé d’expédier les affaires courantes dans l’attente de la nomination d’une nouvelle équipe.

Cette décision met fin à plusieurs mois de tensions croissantes entre les deux hommes, dont la relation politique s’était progressivement détériorée depuis l’arrivée au pouvoir du tandem Diomaye-Sonko à la suite de l’élection présidentielle de mars 2024.

Une alliance devenue rivalité

Figure centrale de l’opposition sénégalaise durant la présidence de Macky Sall, Ousmane Sonko avait été empêché de se présenter à l’élection présidentielle après plusieurs condamnations judiciaires ayant entraîné sa radiation des listes électorales.

Le leader du PASTEF avait alors désigné Bassirou Diomaye Faye comme candidat de substitution. Libéré quelques jours avant le scrutin grâce à une loi d’amnistie, ce dernier avait remporté l’élection dès le premier tour avec environ 54 % des suffrages.

L’accession au pouvoir du duo avait suscité un immense espoir auprès d’une partie de la jeunesse sénégalaise, séduite par un discours souverainiste, panafricaniste et anti-système.

Mais dès les premiers mois du mandat, les divergences sont apparues au grand jour.

Selon plusieurs observateurs politiques, les désaccords portaient notamment sur :

  • la répartition du pouvoir au sein de l’exécutif ;
  • le contrôle du parti présidentiel ;
  • les nominations administratives ;
  • la stratégie économique et diplomatique ;
  • le rythme des réformes promises durant la campagne.

La cohabitation entre un président institutionnellement investi et un Premier ministre disposant d’une forte légitimité militante est progressivement devenue difficile.

Une réaction immédiate de Sonko

Quelques minutes après l’annonce de son limogeage, Ousmane Sonko a réagi sur Facebook :

« Alhamdoulillah. Ce soir je dormirai le cœur léger à la cité Keur Gorgui. »

Une déclaration interprétée par ses partisans comme un signe d’apaisement mais aussi comme une manière d’affirmer qu’il reste une figure politique incontournable.

Dans la foulée, plusieurs centaines de militants se sont rassemblés devant son domicile à Dakar, scandant son nom et dénonçant ce qu’ils considèrent comme une rupture avec l’esprit du projet politique porté en 2024.

Aucun incident majeur n’avait été signalé dans l’immédiat samedi matin.

Une séquence politique à haut risque

Le limogeage d’Ousmane Sonko ouvre une période d’incertitude politique au Sénégal.

Le président Bassirou Diomaye Faye devra désormais :

  • nommer un nouveau Premier ministre ;
  • recomposer son gouvernement ;
  • maintenir l’unité de sa majorité ;
  • éviter une fracture durable au sein du PASTEF.

Or, Ousmane Sonko conserve une influence importante auprès de la base militante et d’une large partie de la jeunesse urbaine.

Cette rupture pourrait ainsi provoquer des recompositions politiques majeures, voire une scission du parti présidentiel.

Des enjeux économiques importants

La crise intervient également dans un contexte économique sensible.

Le Sénégal mise fortement sur le développement de ses projets pétroliers et gaziers offshore pour accélérer sa croissance. Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une croissance supérieure à 8 % en 2026 grâce au démarrage de plusieurs exploitations énergétiques stratégiques.

Mais le pays reste confronté à :

  • un chômage élevé des jeunes ;
  • une forte pression sociale ;
  • une inflation persistante ;
  • une dette publique importante.

Dans ce contexte, toute instabilité politique prolongée pourrait affecter :

  • la confiance des investisseurs ;
  • les marchés financiers ;
  • le calendrier des réformes économiques.

Une figure politique toujours centrale

Malgré son éviction du gouvernement, Ousmane Sonko demeure l’une des personnalités politiques les plus influentes du Sénégal.

Son image d’opposant anti-système, forgée lors des crises politiques de 2021 à 2024, continue de mobiliser une partie importante de l’opinion publique.

Pour Bassirou Diomaye Faye, l’enjeu sera désormais de consolider son autorité présidentielle sans provoquer une rupture irréversible avec la base politique qui a permis son accession au pouvoir.

Cette crise marque en tout cas un tournant majeur dans la vie politique sénégalaise et pourrait durablement redessiner les équilibres du pouvoir dans le pays.

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