Lutte contre la pauvreté ou programme de lutte anti-pauvreté : Le choix des mots trahit le choix des intentions

Ce n’est pas de la sémantique, c’est de la politique, car la pauvreté de la lutte commence dans le titre.

A/ La lutte contre la pauvreté à un piège inconfortable , elle se traduit par trois faits majeurs :

1. Processus permanent : la lutte peut durer 100 ans, on ne mesure pas la victoire, on mesure plutôt l’effort.

2. Responsabilité diluée : on lutte tous ensemble, donc personne n’est responsable de l’échec.

3. Budget comme indicateur : plus on dépense, plus on lutte, exemple, 500 milliards de francs CFA dépensés en 10 ans équivalent à 500 milliards de francs CFA pour la lutte, quid du résultat qui demeure toujours secondaire.

Alors à quoi cela sert ?

A créer des ministères, des directions générales, des ONG, des consultants. La lutte devient une filière économique, et la pauvreté, son chiffre d’affaires. Plus on a de pauvres, plus la lutte est grande.

C’est la pauvreté de la lutte, on industrialise la compassion, mais pas la sortie de la pauvreté.

B/ Programme de lutte anti-pauvreté, la contrainte inconfortable que cela signifie-t-il exactement ?

1. Objectif définit : un programme a un début, une fin, un budget, une cible. Exemple sortir 400 mille gabonais de la pauvreté en 5 ans.

2. Responsabilité nommée : un DG, une équipe, un taux de sortie. Si à 24 mois c’est moins de 60%, le programme est fermé ou reconfiguré, on constate l’échec d’une équipe.

3. Résultat comme indicateur : on ne compte pas les milliards dépensés, on compte les pauvres en moins.

Tout cela sert à tuer les rentes, si le programme réussit, il disparaît ou il est mis en veilleuse. Celui qui vit de la lutte, aura intérêt à souhaiter que le programme échoue.

La lutte trouve tout son sens, si on paie pour la disparition du problème, mais pas pour son administration.

Le Gabon doit choisir : gérer la misère ou la vaincre.

La lutte contre la pauvreté suppose que l’on dépense pour lutter, le pauvre devient un bénéficiaire à vie, le taux d’exécution du budget devient le seul indicateur d’appréciation. S’il est jugé satisfaisant, le budget est reconduit, et le dirigeant félicité par la hiérarchie. Ainsi on crée des carrières dans la pauvreté.

Programme de lutte anti-pauvreté : on investit pour sortir de la pauvreté, le pauvre devient un futur ex-pauvre, le taux de sortie à 24 mois devient le seul indicateur d’appréciation. Le succès du programme, entraîne sa fermeture. Cela a pour conséquence la destruction des carrières qui commençaient à se former dans la pauvreté.

Si l’on veut vaincre la pauvreté, on ne lutte pas, on programme sa fin. Alors on pourra aisément choisir le programme de lutte anti-pauvreté ou contrat de sortie de pauvreté.

Le mot lutte, autorise l’échec permanent. Le mot programme impose la victoire ou la sanction.

Il suffit de se poser la question si depuis 3 ans par exemple, la pauvreté a-t-elle reculé ? Si c’est non, alors on change l’intitulé de l’administration qui en a la charge. Choisir programme au lieu de lutte, c’est choisir d’être jugé. Choisir lutte au lieu de programme, c’est choisir de ne jamais rendre compte.

Au Gabon, en 2026, la thématique c’est : doit-on continuité à vivre avec la pauvreté, ou décider de vivre avec elle.

C’est un avis, certes discutable, mais c’est un avis qui mérite d’être exposé.

Hermann Ditsoga, partisan de la norme

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