Une esthéticienne dénonce la perte de son activité après un litige locatif de plusieurs millions de FCFA

Depuis plusieurs mois, une esthéticienne-coiffeuse gabonaise affirme être confrontée à un conflit locatif qui aurait entraîné l’arrêt de son activité professionnelle et de lourdes pertes financières à Libreville. Au cœur du dossier : un appartement, un magasin destiné à son salon de beauté, une caution de plusieurs centaines de milliers de francs CFA et des accusations de non-respect des engagements contractuels.

Si les faits rapportés par la locataire restent à ce stade sa version des événements et n’ont pas été corroborés par le bailleur concerné, l’affaire soulève des questions plus larges sur la sécurité juridique des locataires et des petits entrepreneurs au Gabon.

Un projet entrepreneurial interrompu

Selon les informations recueillies auprès de la principale intéressée, l’affaire débute en 2023 lorsqu’elle entreprend des démarches pour louer un appartement et un local commercial dans le secteur de Plein-Ciel, à Libreville.

L’objectif est alors de développer une activité dans les domaines de l’esthétique et de la coiffure.

D’après ses déclarations, elle prend d’abord possession de l’appartement avant de poursuivre les discussions concernant le magasin destiné à accueillir son futur salon.

Le projet représente un investissement important.

La locataire affirme avoir versé :

  • une caution de 750 000 FCFA ;
  • plusieurs mensualités destinées à régulariser les sommes demandées par le bailleur ;
  • des dépenses supplémentaires liées à l’aménagement du local.

Selon ses calculs, les montants engagés dépasseraient 1,5 million de FCFA, sans compter les investissements professionnels réalisés en prévision du lancement de son activité.

Une fermeture du magasin contestée

L’un des principaux points de friction concerne le local commercial.

La commerçante affirme que celui-ci aurait été fermé avant qu’elle ne puisse effectivement l’exploiter.

Elle soutient avoir régularisé les sommes qui lui étaient réclamées après plusieurs échanges avec les représentants du bailleur.

Selon son témoignage, un accord verbal prévoyait qu’après paiement du reliquat :

  • les clés lui seraient remises ;
  • les factures correspondantes lui seraient délivrées ;
  • un contrat de location lui serait fourni.

Or, près de deux ans après les premiers échanges, elle affirme n’avoir reçu ni les clés du local, ni les documents promis.

Elle indique également que les représentants du propriétaire lui auraient finalement annoncé que le bailleur ne souhaitait plus lui louer le magasin.

Une caution toujours en attente

Autre sujet de contestation : la restitution de la caution.

La locataire affirme que le propriétaire conserve toujours la somme de 750 000 FCFA versée initialement.

Elle soutient qu’aucun état des lieux de sortie n’a été réalisé, condition pourtant généralement nécessaire à la clôture définitive d’une relation locative.

« Je souhaite simplement qu’un état des lieux soit effectué et que ma caution me soit remboursée afin de pouvoir me réinstaller ailleurs », explique-t-elle.

À ce jour, aucun document consulté dans le cadre de cette enquête ne permet de confirmer si une procédure officielle d’état des lieux a été engagée.

L’affaire de l’appartement

Le différend ne se limite pas au local commercial.

La locataire affirme également avoir été contrainte de quitter l’appartement qu’elle occupait.

Selon son récit, la serrure aurait été remplacée en son absence alors qu’elle se trouvait au travail.

Elle affirme n’avoir reçu aucune convocation préalable ni demande formelle lui permettant de s’expliquer.

Plus grave encore, elle soutient qu’elle n’était pas en situation d’impayé au moment des faits.

Ces affirmations n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante au moment de la publication.

Le rôle controversé d’un intermédiaire

Une partie importante des accusations vise un intermédiaire présenté comme chargé de la gestion quotidienne des loyers.

La commerçante décrit des relations tendues avec cet homme, qu’elle accuse d’avoir exercé une pression constante concernant les paiements.

Selon elle, les échanges se seraient progressivement détériorés jusqu’à influencer la décision finale du bailleur.

Toutefois, aucune preuve matérielle n’a été produite à ce stade permettant d’établir un lien direct entre cet intermédiaire et les décisions attribuées au propriétaire.

Un préjudice économique important

Au-delà du litige immobilier, l’affaire aurait eu des conséquences directes sur l’activité professionnelle de la plaignante.

Selon ses déclarations :

  • son salon de beauté n’a jamais pu fonctionner normalement ;
  • des équipements professionnels ont été achetés sans pouvoir être exploités ;
  • des commandes passées à l’étranger seraient restées bloquées faute de local opérationnel ;
  • plusieurs partenariats commerciaux auraient été suspendus.

Elle affirme également qu’un financement bancaire était en préparation au moment où le différend a éclaté.

L’absence d’exploitation du magasin depuis plusieurs mois représenterait ainsi une perte économique difficile à évaluer précisément mais potentiellement supérieure aux sommes initialement investies.

Une problématique récurrente au Gabon

Cette affaire met en lumière plusieurs difficultés fréquemment évoquées par les locataires et les petites entreprises :

L’absence de contrats écrits

Selon la locataire, aucun contrat de bail ne lui aurait été remis.

Or, l’absence de document écrit peut compliquer :

  • la preuve des engagements des parties ;
  • la gestion des litiges ;
  • la protection des droits du locataire comme du propriétaire.

Les états des lieux insuffisants

Les professionnels du secteur immobilier soulignent régulièrement que de nombreux différends naissent de l’absence d’états des lieux formalisés.

La vulnérabilité des petites entreprises

Pour les entrepreneurs disposant de faibles capacités financières, la perte d’un local commercial peut rapidement entraîner :

  • l’arrêt de l’activité ;
  • la perte de clientèle ;
  • des difficultés de remboursement des investissements engagés.

À ce stade de l’enquête, plusieurs éléments demeurent à vérifier :

  • les montants exacts versés au bailleur ;
  • l’existence ou non d’un contrat de location ;
  • les raisons précises du refus allégué de remise des clés ;
  • les circonstances de la reprise de l’appartement ;
  • les conditions de conservation de la caution.

Les personnes mises en cause dans ce dossier n’avaient pas répondu à nos sollicitations au moment de la publication. Leur version des faits pourrait apporter des éléments complémentaires susceptibles d’éclairer cette affaire.

Au-delà du cas individuel de cette entrepreneure, ce dossier pose plusieurs questions de fond :

Enjeu juridique

La protection des locataires et des commerçants en l’absence de contrats formalisés.

Enjeu économique

La sécurisation des investissements des très petites entreprises, qui représentent une part importante du tissu économique gabonais.

Enjeu social

La préservation de l’emploi indépendant dans un contexte où de nombreux entrepreneurs exercent dans des locaux loués.

Enjeu de gouvernance

La nécessité de renforcer les mécanismes de médiation et de règlement des conflits locatifs afin d’éviter la disparition d’activités économiques viables.

En somme, près de deux ans après le début du différend, la situation demeure bloquée. Entre caution non restituée, local commercial inaccessible et activité professionnelle interrompue, cette affaire illustre les difficultés auxquelles peuvent être confrontés certains entrepreneurs lorsqu’un conflit locatif s’enlise.

En attendant une éventuelle médiation ou une décision de justice, les nombreuses zones d’ombre du dossier continuent d’alimenter les interrogations sur les pratiques locatives et la protection des petits investisseurs au Gabon.

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