Romuald Wadagni l’a décidé le 3 juin : Claudy Siar, 30 ans de Couleurs Tropicales sur RFI, devient Chargé de mission à la Présidence, chargé de la culture, des médias et de la visibilité du Bénin. D’un coup, l’homme qui parlait de l’Afrique depuis l’extérieur est appelé à parler pour l’Afrique depuis l’intérieur de l’État.
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Le journaliste commente le monde sans le gouverner. Le chargé de mission gouverne sans pouvoir le commenter. C’est le basculement.
Claudy Siar a construit sa légitimité sur une liberté de ton, une orthodoxie humaniste assumée, quitte à “payer cher” ses positions. Au palais, la parole n’est plus libre : elle est stratégique. Chaque mot pèse, chaque silence décide, chaque choix finance ou exclut.
L’épreuve est simple et brutale : la voix qui rassemblait la diaspora saura-t-elle désormais arbitrer entre ses composantes ? Le passeur d’imaginaires acceptera-t-il de devenir gestionnaire de priorités ?
Le Bénin parie sur son ombre portée
Wadagni ne nomme pas un simple animateur. Il investit un symbole. Le 22 mai à Ouidah, Claudy Siar est devenu Kodjovi Zossoungbo, fils reconnu de la ville-mémoire de la traite. En le nommant, le président transforme la diaspora en ministère.
La thèse est claire : la culture béninoise ne doit plus mendier un regard. Elle doit l’imposer. Confier la “visibilité” du pays à celui qui a forgé le regard afro sur les ondes mondiales, c’est faire du soft power une politique publique.
Le piège est tout aussi clair : une culture d’État peut devenir propagande. Une visibilité sans justice sociale n’est qu’une façade. Le Bénin aura-t-il les moyens de sa voix ?
L’équilibre sur le fil du rasoir
Le pouvoir institutionnalise. Le média questionne. L’un fige, l’autre bouge. Entre les deux, Claudy Siar marche sur un fil.
S’il garde l’âme du journaliste, il gênera le palais. S’il épouse la raison d’État, il trahira le micro. S’il réussit à tenir les deux, il inventera un modèle : celui d’un pouvoir qui se pense en termes culturels, et d’une culture qui accepte la contrainte du réel.
Avec cette nomination, le Bénin place la culture au sommet. Non plus comme ornement, mais comme boussole. Wadagni a misé. Claudy Siar doit prouver.
Le micro est éteint. Le dossier s’ouvre. L’histoire jugera si la voix peut gouverner sans se perdre.
Dimitri AGBOZOH -GUIDIH

