« Tout est à refaire » : L’Afrique face à l’urgence d’un nouveau départ

Tout est à refaire. Cette affirmation peut paraître radicale, voire désespérée. Pourtant, pour de nombreux citoyens africains, elle résonne comme un constat lucide et douloureux sur l’état général de leurs sociétés : institutions défaillantes, corruption chronique, systèmes éducatifs usés, justice à deux vitesses, services de santé fragiles, sécurité instable, élites déconnectées et jeunesse désillusionnée.

Mais cette phrase n’est pas qu’une lamentation. Elle est aussi un appel. Un cri du cœur pour une reconstruction profonde, courageuse, et collective. Car si tout est à refaire, tout reste encore possible.

Des institutions qui peinent à jouer leur rôleSoixante ans après les indépendances, beaucoup d’États africains fonctionnent encore avec des institutions héritées de la colonisation, rarement adaptées à leurs réalités locales. Constitutions bricolées, parlements sans pouvoir réel, exécutifs surpuissants… La démocratie s’est souvent arrêtée aux urnes.

L’État, au lieu d’être garant du bien commun, devient souvent un instrument au service d’une minorité. Résultat : les citoyens perdent confiance. Quand les institutions censées réguler les conflits les alimentent, quand la justice devient un outil de répression, alors il devient évident que tout est à repenser — du sommet de l’État jusqu’au plus petit maillon administratif.

Corruption : le cancer silencieux

La corruption ne ronge pas seulement les caisses publiques : elle tue les hôpitaux, les écoles, la foi en l’État. Des routes jamais terminées, des marchés publics truqués, des diplômes achetés, des policiers corrompus… Voilà le quotidien dans de nombreux pays.

Les rapports de Transparency International montrent année après année que la lutte contre la corruption reste marginale, ou pire, politisée. Il ne s’agit plus de dénoncer des « cas isolés » mais de changer un système entier, où l’impunité règne, où les dénonciateurs sont réduits au silence et où l’intégrité est vue comme naïve.

L’école : un rêve dégradéIl fut un temps où les familles africaines misaient tout sur l’éducation. Aujourd’hui, trop souvent, l’école produit des chômeurs qualifiés. L’université ne garantit plus l’ascension sociale. Les formations sont déconnectées des réalités du marché, les enseignants sont mal payés et les infrastructures vétustes.

L’avenir d’un continent se joue dans ses salles de classe. Or, si l’école devient un lieu de désespoir au lieu d’être un moteur de transformation, alors oui : tout est à refaire, du contenu des cours à la pédagogie, en passant par la place accordée aux langues locales et à l’histoire africaine elle-même.

Une justice pour les riches, une autre pour les pauvres

Dans trop de pays africains, la prison est pour les pauvres, les opposants, les journalistes ou les jeunes contestataires. Les puissants, eux, passent entre les mailles du filet. Les tribunaux sont engorgés, les magistrats vulnérables, les décisions judiciaires souvent dictées par des intérêts politiques ou économiques.

La justice est le socle d’une société stable. Quand elle faillit, c’est tout le tissu social qui se délite. Réformer la justice, l’indépendantiser, l’humaniser, est donc une urgence nationale.La jeunesse : entre colère et espoir

Elle représente plus de 60 % de la population africaine. Elle est créative, connectée, ambitieuse. Mais elle est aussi mal encadrée, mal représentée, sous-employée. Cette jeunesse ne veut plus attendre. Elle veut un continent à la hauteur de ses rêves.

Entre la tentation de l’exil et le repli dans le désespoir, beaucoup se battent, innovent, créent. Des start-ups aux mouvements citoyens, des artistes aux jeunes chercheurs, des militants écolos aux entrepreneurs sociaux, une autre Afrique est déjà en marche. Elle réclame un cadre plus juste, des institutions solides, et une reconnaissance de son potentiel.

Refaire, mais pas à l’identique

Refaire ne signifie pas tout effacer. Cela signifie reprendre le contrôle, se recentrer sur nos valeurs africaines de solidarité, de respect, de communauté. Cela signifie penser localement tout en agissant globalement. Cela signifie valoriser les savoirs ancestraux tout en maîtrisant les outils modernes.

Les modèles importés ont souvent échoué. Il est temps pour l’Afrique d’inventer ses propres chemins : en matière de gouvernance, d’éducation, de développement durable, de gestion des ressources naturelles et de vivre-ensemble.

Un nouveau contrat social est possible

Tout est à refaire. Oui. Mais avec des peuples éveillés, des jeunes audacieux, une diaspora mobilisée, une société civile de plus en plus active et une volonté panafricaine qui renaît, il est possible de bâtir une Afrique plus juste, plus forte, plus humaine.

Ne plus subir, ne plus mendier, ne plus répéter les erreurs du passé. Repartir de la base, repenser le contrat social, refonder les rapports entre gouvernants et gouvernés, et remettre l’humain, la dignité et l’intégrité au cœur du projet africain.

Dimitri AGBOZOH -GUIDIH

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