À l’ère de l’Intelligence Artificielle, le monde est en passe de devenir artificiel, gare aux émotions

Hier la distance constituait le frein naturel au brassage culturel. Même à l’intérieur d’un même territoire, la tendance était au repli identitaire, la route, ce facteur de développement qui favorise les échanges était embryonnaire.

Aujourd’hui le pays a des routes bétonnées, mais les relations se développent par Wi-Fi. On écrit des discours par ChatGPT, des poèmes générés par l’IA, mais il n’y a plus personne pour écouter et comprendre.

Sous le plan politique, on utilise l’IA pour écrire des discours, avec des mots propres, personne pour relire car tout paraît parfait. On les lit sans conviction, le peuple ne se sent pas concerné, car il flaire l’arnaque. 

Sur le plan de l’amitié, on se trouve facilement 500 amis sur Facebook, mais c’est quand vous tombez malade, que vous vous rendrez compte que l’on a confondu le like et l’amour. On est seul connecté à la réalité de la maladie.

Sur le plan de l’éducation, l’élève fait son devoir avec ChatGPT, il a 18/20. Alors qu’il ne sait rien, il ne réfléchit plus.

Sur le plan de la santé, le diagnostic est fait par l’IA, on délivre une ordonnance. C’est efficace, mais qui tient la main du malade ?

Sur le plan du militantisme, on enregistre des vidéos de soutien, générées par l’IA + 1000 bots. On enregistre du bruit artificiel, et le jour J, aucune présence significative sur le terrain.

La IVè République mentait avec les humains, la Vè, elle risque de mentir avec des algorithmes. Alors le mensonge sera plus propre, mais plus dangereux.

Rapidement, sans lucidité, on tombe dans des émotions.

L’IA qui génère une vidéo du PR en train de pleurer avec des enfants;

L’IA qui écrit un communiqué « émouvant » après une catastrophe. 

Cela crée le doute dans les esprits, les plus émotifs y croient et compatissent. Les plus lucides s’interrogent et cherchent à comprendre.

Mais le jour où il y a un véritable problème, personne ne croit, on a tué la sincérité à force de simuler. Le Gabonais va finir par dire, « c’est encore l’IA qui parle »

L’empathie s’ externalise, on parle à l’IA, elle vous écoute, mais « confiez-vous au chatbot, il ne juge pas »

Le problème est que l’on désapprend à se parler entre humains. Le jeune devient plus prompt à confier sa détresse à une application, et non à sa mère.

Or un pays qui confie ses émissions à des machines finit par avoir des machines pour citoyens.

L’IA finit par vous faire prendre une décision cruelle sans filtre. Elle vous dit de fermer une société parce qu’elle n’est pas rentable. Elle vous dit de licencier 30% des effectifs du personnel, pour opérer des économies de près de tant de milliards.

Elle ne connait pas le rôle et la place qu’occupe cette société sur le plan social. 

Gouverner sans émotion, sans humanité, c’est gouverner comme un comptable qui ne fait pas une nation.

L’IA ne peut pas avoir honte, or la honte c’est humain. C’est ce qui permet à l’homme de s’auto-censurer.

Elle ne peut pas aimer le pays. La preuve elle est n’a exprimé aucune émotion le 30 août 2023, pendant le pays bruyait.

L’amour du pays ne se code pas, il se transmet au village, au bord du fleuve.

L’IA ne peut pas prendre des risques pour l’autre. Or le sacrifice est humain, et sans sacrifice, il n’y a pas de République.

L’IA n’est qu’un outil, le Gabonais est la main. Si la main tremble, l’outil tue.

Pour éviter que tout ne devienne artificiel, à l’ère de l’IA, il faut :

Rester Humain d’abord dans l’État. Tout document public important doit être signé par un humain, daté puis cacheté.

Toute décision qui touche à une vie doit être validé par un humain qui regarde l’autre dans les yeux. L’IA propose, mais l’homme décide et assume.

À l’école on doit apprendre aux enfants à se disputer, à s’excuser, à pleurer, à rire ensemble, pour casser les cloisons générés par l’IA. 

On forme des cerveaux et des cœurs, sinon on fabrique des robots.

Toute vidéo, tout texte, tout discours généré par l’IA pour le compte de l’État, doit porter la mention « généré par l’IA » obligatoirement. Car mentir avec l’IA devra être puni comme un faux en écriture publique.

Dans la vie, il y a des moments où un humain devra regarder un autre humain, pas un écran. 

À l’endroit des jeunes, l’IA va écrire vos CV, elle va faire vos montages, mais jamais, elle va aimer votre mère à votre place. Elle ne va pas enterrer un proche à votre place. Elle ne va construire le Gabon à votre place.

Gare aux émotions artificielle, un like n’est pas une accolade, un emoji n’est pas une larme, un discours n’est pas une conviction. 

*Il faut rester Gabonais à 100% dans un monde à 90% artificiel* c’est ce qui fera la différence, parce que le jour où tout sera Fake, le vrai vaudra de l’or. Et le vrai c’est vous avec vos défauts et vos qualités, vos colères et vos rêves.

L’IA peut calculer, seul le Gabonais peut espérer. Elle doit servir l’Intelligence Humaine, mais pas la remplacer.

La IVè République a échoué parce qu’elle n’avait pas de cœur, mais la Vè ne doit pas échouer parce qu’elle aura confié son cœur à une machine.

Hermann Ditsoga, partisan de la norme

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