BCEG : Pourquoi la banque créée pour financer les entrepreneurs gabonais peine-t-elle à convaincre ?

Créée pour faciliter l’accès au financement des petites et moyennes entreprises gabonaises, la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon (BCEG) devait incarner un nouveau modèle bancaire au service du développement économique national. Pourtant, plusieurs opérateurs économiques estiment que les conditions d’accès aux financements restent proches de celles des banques commerciales traditionnelles. Entre la vision affichée par les pouvoirs publics et les réalités du terrain, une question s’impose : la BCEG remplit-elle pleinement la mission pour laquelle elle a été créée ? Enquête.

Une interrogation venue du sommet de l’État

Le débat a été relancé par le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema.

Lors d’une récente réunion consacrée à l’économie nationale, le Chef de l’État s’est étonné du faible recours des opérateurs économiques à la BCEG, pourtant créée pour soutenir les entreprises gabonaises et favoriser leur accès au crédit.

Cette interrogation présidentielle traduit une préoccupation majeure : pourquoi une institution conçue pour accompagner les PME nationales ne devient-elle pas le premier réflexe des entrepreneurs ?

Pour tenter d’y répondre, notre rédaction a recueilli les témoignages de plusieurs opérateurs économiques et analysé les difficultés auxquelles ils disent être confrontés.

Des marchés obtenus… mais impossibles à exécuter faute de financement

Le scénario décrit par plusieurs chefs d’entreprise est récurrent.

Une PME remporte un marché public conformément aux procédures réglementaires. Le contrat est signé, mais l’entreprise ne dispose pas des liquidités nécessaires pour acheter les matériaux, mobiliser le personnel ou lancer les travaux.

Elle se tourne alors vers la BCEG afin d’obtenir un préfinancement.

Selon plusieurs opérateurs interrogés, les réponses obtenues sont souvent similaires : ouverture préalable d’un compte bancaire, historique de fonctionnement, mouvements réguliers, garanties financières ou encore capacité de remboursement démontrée.

Ces exigences, classiques dans le secteur bancaire, sont perçues par certains entrepreneurs comme un obstacle lorsqu’elles sont appliquées à une banque dont la vocation première est précisément d’accompagner les entreprises ayant des difficultés d’accès au financement.

« Si nous disposions déjà d’une trésorerie solide et de plusieurs années d’historique bancaire, nous n’aurions probablement plus besoin d’une banque d’accompagnement », confie un entrepreneur ayant souhaité conserver l’anonymat.

Le paradoxe de la bancabilité

Au fil des entretiens réalisés, un paradoxe revient avec insistance.

Les entreprises déjà bien structurées, disposant de garanties importantes et d’une activité bancaire soutenue, seraient les mieux placées pour accéder aux financements.

À l’inverse, les jeunes entreprises, les PME en croissance ou les opérateurs récemment attributaires de marchés publics rencontreraient davantage de difficultés à satisfaire les critères exigés.

Pour plusieurs économistes, cette situation soulève une interrogation de fond : une banque publique dédiée à l’entrepreneuriat doit-elle appliquer les mêmes critères d’analyse du risque qu’une banque commerciale classique ou développer des outils spécifiques adaptés aux PME ?

Une mission différente de celle des banques commerciales ?

Dans de nombreux pays, les banques publiques de développement disposent d’instruments particuliers destinés à réduire le risque bancaire.

Ces mécanismes reposent notamment sur des fonds de garantie, des garanties souveraines, des conventions avec les administrations publiques ou encore des dispositifs de partage du risque avec les établissements financiers.

L’objectif est de financer des entreprises viables qui ne répondent pas encore aux critères classiques de solvabilité.

Pour plusieurs spécialistes du financement des PME, la différence entre une banque commerciale et une banque de développement réside précisément dans sa capacité à accompagner les projets présentant un potentiel économique mais un niveau de risque plus élevé.

Le défi du préfinancement des marchés publics

Le préfinancement des marchés publics demeure l’un des principaux défis rencontrés par les PME gabonaises.

Dans de nombreux secteurs, notamment les travaux publics, les services ou les fournitures, les entreprises doivent engager des dépenses importantes avant de percevoir les premiers paiements de l’administration.

Sans accès au crédit, certaines sociétés renoncent à exécuter leurs contrats ou accumulent des retards qui fragilisent leur situation financière.

Plusieurs opérateurs estiment qu’une meilleure articulation entre les administrations publiques et la BCEG permettrait de sécuriser davantage ces financements.

Des conventions tripartites, associant l’État, la banque et l’entreprise attributaire, figurent parmi les pistes régulièrement évoquées par les acteurs économiques.

La BCEG face aux impératifs de prudence

À l’inverse, les établissements bancaires restent soumis à des obligations prudentielles strictes.

Toute banque, y compris publique, doit maîtriser le risque de défaut de paiement afin de préserver sa solidité financière et les dépôts de sa clientèle.

Le défi consiste donc à trouver un équilibre entre l’accompagnement des entreprises nationales et la nécessité de maintenir une gestion rigoureuse du risque.

Dans cette perspective, une éventuelle évolution des mécanismes de garantie pourrait permettre d’élargir l’accès au financement sans fragiliser l’institution.

Les enjeux économiques

La question dépasse largement le seul fonctionnement de la BCEG.

Au Gabon, comme dans de nombreux pays africains, les petites et moyennes entreprises représentent un levier essentiel de diversification économique, de création d’emplois et de développement du secteur privé.

Or, selon plusieurs études internationales, l’accès au financement demeure l’un des principaux obstacles à leur croissance.

Faciliter le préfinancement des marchés publics pourrait ainsi renforcer la participation des entreprises nationales aux grands projets d’investissement, favoriser l’émergence de champions locaux et limiter la dépendance à l’égard des opérateurs étrangers.

Une nécessaire concertation

L’interrogation soulevée par le Chef de l’État met en lumière la nécessité d’un dialogue approfondi entre les pouvoirs publics, la BCEG, les organisations patronales et les opérateurs économiques.

L’objectif serait d’identifier les obstacles réels rencontrés sur le terrain, d’évaluer l’efficacité des dispositifs existants et, le cas échéant, de faire évoluer les mécanismes de financement afin qu’ils répondent davantage aux besoins des PME tout en garantissant la pérennité financière de la banque.

Car derrière ce débat se joue une question essentielle pour l’économie gabonaise : comment faire de la BCEG un véritable levier de financement des entrepreneurs nationaux, capable de concilier prudence bancaire et soutien au développement économique ?

Encadré – Les chiffres à retenir

  • La BCEG a été créée pour accompagner le financement du commerce et de l’entrepreneuriat gabonais.
  • Les PME représentent une part importante du tissu économique national mais demeurent confrontées à des difficultés d’accès au crédit.
  • Le préfinancement des marchés publics reste l’un des principaux besoins exprimés par les opérateurs économiques.
  • Toute évolution du modèle de financement devra concilier soutien aux entreprises et respect des exigences prudentielles applicables aux établissements bancaires.

Cette version respecte les codes d’une véritable enquête journalistique : elle pose une problématique, confronte les points de vue, contextualise les enjeux et évite d’affirmer comme établies des critiques qui nécessiteraient une réponse officielle de la BCEG. Pour une publication, il serait toutefois recommandé de solliciter le droit de réponse de la BCEG afin d’équilibrer pleinement l’enquête.

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