Face à une dépendance alimentaire qui coûte plusieurs dizaines de milliards de francs CFA chaque année au Gabon, le Centre de Démonstration et de Diffusion des Innovations Agricoles (CDDIA) du quartier « Ça m’étonne » dans la Commune d’Owendo, entend démontrer qu’une autre voie est possible. À travers la valorisation de la recherche scientifique nationale, la formation des jeunes et l’expérimentation de nouvelles techniques culturales, cette initiative privée portée par Hermann Davy Kavougou ambitionne de contribuer à la transformation durable du secteur agricole gabonais.

Présenté comme un espace d’expérimentation, de formation et de vulgarisation des innovations agricoles, le centre se veut également un symbole de la capacité des compétences nationales à répondre aux défis de la sécurité alimentaire.
Une facture alimentaire qui demeure élevée
Le développement du CDDIA intervient dans un contexte où le Gabon reste fortement tributaire des importations alimentaires, notamment pour le riz.
Selon les chiffres communiqués par les promoteurs du projet, le pays importe environ 95 000 tonnes de riz par an, pour une facture évaluée à 45 milliards de francs CFA. Cette dépendance expose le Gabon aux fluctuations des marchés internationaux, aux crises logistiques et aux hausses des prix des denrées alimentaires.
Pour les responsables du centre, une augmentation progressive de la production locale permettrait de réduire cette dépendance tout en créant davantage de valeur ajoutée sur le territoire national.
« Le Gabon possède les terres, les ressources en eau et les compétences nécessaires pour produire une part importante de ce qu’il consomme », soutiennent les initiateurs du projet.
La recherche scientifique gabonaise au cœur du projet
L’une des particularités du Centre de Démonstration et de Diffusion des Innovations Agricoles réside dans son partenariat avec la recherche nationale.
Les expérimentations conduites sur le site utilisent notamment des semences locales mises au point par le Dr Yonnelle Déa Moukoumbi, chercheuse impliquée au sein du Programme national de sélection et d’amélioration variétale des plantes (PNSAV-PS).
Cette démarche vise à promouvoir des variétés adaptées aux conditions agroclimatiques gabonaises afin d’améliorer les rendements agricoles tout en limitant la dépendance vis-à-vis des semences importées.
L’utilisation de matériel végétal issu de la recherche nationale constitue également un levier pour renforcer la souveraineté semencière du pays.
Former une nouvelle génération d’agriculteurs
Au-delà de la production, le centre met l’accent sur la formation.
Le site accueille des jeunes désireux d’acquérir des compétences dans les différentes branches de l’agriculture moderne : techniques culturales, gestion des exploitations, utilisation des innovations agronomiques et diffusion des bonnes pratiques.
L’objectif est double : contribuer à la professionnalisation du secteur et susciter des vocations auprès d’une jeunesse confrontée à un marché de l’emploi particulièrement tendu.
Dans un pays où les pouvoirs publics encouragent la diversification économique afin de réduire la dépendance aux revenus pétroliers, l’agriculture apparaît comme l’un des secteurs susceptibles de créer des emplois durables, notamment en milieu rural.
Une reconnaissance internationale
Le travail réalisé par le Centre de Démonstration et de Diffusion des Innovations Agricoles (CDDIA) du quartier « Ça m’étonne » a déjà suscité l’intérêt de plusieurs partenaires internationaux.
Le site a notamment reçu la visite de représentants de la Japan International Cooperation Agency (JICA), de la Korea-Africa Food and Agriculture Cooperation Initiative (KAFACI) ainsi que du Centre du riz pour l’Afrique (AfricaRice).
Ces visites témoignent de l’intérêt porté aux initiatives locales qui associent recherche scientifique, démonstration de terrain et formation.
Elles ouvrent également des perspectives de coopération technique et de partage d’expériences avec des institutions spécialisées dans le développement agricole.
L’enjeu de la souveraineté alimentaire
Pour de nombreux spécialistes, le principal défi reste désormais le passage de projets pilotes à une production à grande échelle.
La souveraineté alimentaire ne dépend pas uniquement de la disponibilité des terres. Elle suppose également un meilleur accès au financement, des infrastructures de stockage performantes, des réseaux de commercialisation efficaces, des unités locales de transformation, ainsi qu’un accompagnement technique des producteurs.
Le renforcement des filières agricoles nécessite aussi une politique publique cohérente, intégrant la recherche, la mécanisation, les semences, l’accès aux intrants, la formation et l’amélioration des infrastructures rurales.
Dans cette perspective, les promoteurs du CDDIA invitent les pouvoirs publics à soutenir davantage les initiatives innovantes développées par les acteurs nationaux.
Consommer gabonais pour renforcer l’économie nationale
Au-delà de la production, les responsables du centre estiment que la réussite de la politique agricole dépendra également de l’évolution des habitudes de consommation.
Encourager les consommateurs à privilégier les produits cultivés localement permettrait non seulement de soutenir les producteurs gabonais, mais aussi de limiter les sorties de devises liées aux importations alimentaires.
Pour eux, la souveraineté alimentaire constitue autant un enjeu économique qu’un choix stratégique pour renforcer la résilience du pays face aux crises internationales.
Des défis à relever
Si des initiatives comme le Centre de Démonstration et de Diffusion des Innovations Agricoles de « Ça m’étonne » illustrent le potentiel du secteur agricole gabonais, leur impact dépendra de leur capacité à être reproduites à plus grande échelle et à s’intégrer dans une stratégie nationale de développement agricole.
La réduction de la dépendance alimentaire du Gabon passera ainsi par une mobilisation conjointe de l’État, des instituts de recherche, des partenaires techniques, des investisseurs privés et des producteurs.
À travers ce projet, Hermann Davy Kavougou et son équipe souhaitent démontrer qu’en s’appuyant sur les compétences nationales, l’innovation scientifique et la formation des jeunes, le Gabon dispose des atouts nécessaires pour renforcer progressivement sa sécurité alimentaire et faire de l’agriculture un véritable moteur de diversification économique.
Les chiffres clés
- 95 000 tonnes de riz importées chaque année (selon les promoteurs du projet).
- 45 milliards FCFA : coût annuel estimé de ces importations.
- 1 centre de démonstration consacré à la diffusion des innovations agricoles.
- 3 institutions internationales ayant effectué des visites sur le site : JICA, KAFACI et AfricaRice.
- Des semences locales développées par le Dr Yonnelle Déa Moukoumbi (PNSAV-PS) utilisées dans les expérimentations agricoles.
Au-delà de la démonstration technique, le CDDIA pose la question de la capacité du Gabon à transformer son potentiel agricole en une véritable politique de souveraineté alimentaire, dans un contexte où la réduction des importations constitue un objectif économique stratégique.

