Les Evala n’appartiennent à personne : Quand les réseaux sociaux menacent la cohésion autour du patrimoine

La liberté d’expression a trouvé sur TikTok et Facebook un amplificateur sans précédent. Mais à mesure que la parole se démocratise, une question se pose avec acuité: à quoi sert cette liberté ? Un récent débat en ligne autour des luttes Évala met en lumière le risque de voir la culture, censée unir, devenir un outil de division.

UNE POLÉMIQUE NUMÉRIQUE AUTOUR DES ÉVALA

Tout est parti de commentaires et de vidéos postées lors des dernières Évala. Des internautes ont exprimé leur indignation face à la présence de compatriotes venus d’autres régions et de chefs traditionnels « non invités ».

L’argument est simple: les Évala appartiendraient à une seule communauté et les autres Togolais n’auraient pas leur place.

En quelques heures, ce discours a circulé, partagé, commenté. Il révèle une tentation: replier le patrimoine culturel sur une identité ethnique et en exclure les autres.

QUAND LA CULTURE DEVIENT FRONTIÈRE

Cette rhétorique pose trois problèmes majeurs.Premièrement, une erreur historique. Les Évala, comme les autres grandes fêtes traditionnelles du Togo, ne sont pas un bien privé. Elles sont reconnues comme un patrimoine national, et même admirées à l’international. Les limiter à une seule communauté, c’est les appauvrir.

Deuxièmement, un risque pour le vivre-ensemble. Opposer les Togolais au nom de la tradition revient à détourner la culture de sa vocation première: rassembler et transmettre. Quand un étranger assiste aux Évala, on s’en réjouit. Pourquoi faire de la présence d’un compatriote un sujet de polémique ? Cette logique nourrit l’ethnocentrisme et fragilise la cohésion nationale.

Troisièmement, une responsabilité des plateformes. Les réseaux sociaux donnent une voix à tous. Mais sans sens de la mesure, cette voix peut stigmatiser et inciter à la division. La loi garantit la liberté d’expression, elle n’exonère pas du devoir de respecter l’autre et l’intérêt général.

QUEL LEADERSHIP POUR LA CULTURE ?

Le véritable leadership culturel ne consiste pas à dresser des listes d’invités. Il consiste à ouvrir les bras. Les grandes nations se construisent sur la fierté d’un héritage partagé et le respect des différences.

Le Togo a aujourd’hui besoin de discours qui élèvent. Des discours qui rappellent que la diversité est une richesse et que l’unité est une force. La culture doit rester un langage universel, un pont entre les régions, et non une barrière entre les citoyens.

Les Évala doivent continuer d’être ce qu’elles ont toujours été: un moment de partage, de découverte et de fraternité. C’est à ce prix que le patrimoine vit et que la nation se construit.Que les mânes de nos ancêtres nous donnent la bonne compréhension.

Dimitri AGBOZOH – GUIDIH

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