La réforme foncière engagée par le gouvernement gabonais franchit une nouvelle étape. En visite de travail au siège de l’Agence Nationale de l’Urbanisme, des Travaux Topographiques et du Cadastre (ANUTTC), le Vice-Président du Gouvernement, Hermann Immongault, accompagné du ministre du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, Mays Mouissi, a évalué l’état d’avancement de la Régularisation Foncière de Masse (RFM), l’un des principaux chantiers administratifs lancés en 2026 pour sécuriser la propriété foncière au Gabon.
Au cœur des échanges : l’accélération du traitement des dossiers fonciers, le renforcement des capacités opérationnelles de l’ANUTTC et la réduction des délais de délivrance des titres fonciers, un enjeu majeur pour les ménages, les investisseurs et les collectivités.
Une opération nationale pour résorber le retard foncier
La Régularisation Foncière de Masse vise à traiter les milliers de dossiers en attente afin de permettre aux occupants de terrains d’obtenir des titres de propriété conformes à la législation.
Depuis son lancement, cette opération mobilise une grande partie des ressources humaines, techniques et financières de l’ANUTTC. Cette réorientation des moyens, bien qu’efficace pour accélérer la régularisation des parcelles, ralentit temporairement certaines autres missions de l’Agence, notamment les opérations d’aménagement urbain, de lotissement et de viabilisation des terrains.
Au cours de la séance de travail, les responsables de l’Agence ont présenté un état des lieux des réalisations enregistrées dans le cadre des orientations fixées par le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema.
Plus de 22 000 décisions de cession délivréesLes chiffres communiqués témoignent de l’ampleur de l’opération.À elle seule, l’ANUTTC a établi plus de 10 000 décisions de cession, soit près de la moitié des plus de 22 000 décisions produites au niveau national grâce à la mobilisation conjointe de l’Agence, de la Société Nationale Immobilière et des directions provinciales du ministère du Logement.
Ces performances s’inscrivent dans la continuité des résultats annoncés par le gouvernement, qui faisait état, au 12 juin 2026, de 20 857 décisions de cession établies en moins de six mois. La progression enregistrée depuis confirme l’accélération du traitement des dossiers.
La décision de cession constitue une étape essentielle dans la chaîne foncière. Elle représente la dernière procédure administrative assurée par l’ANUTTC avant la transmission du dossier à la Conservation de la propriété foncière et des hypothèques, seule habilitée à établir le titre foncier définitif.
Le renfort de 53 stagiaires pour soutenir les équipesAfin de répondre à l’afflux des demandes, l’ANUTTC a renforcé ses effectifs avec le recrutement de 53 stagiaires.
Cette mesure a permis d’accroître les capacités de traitement des dossiers et de soutenir le déploiement de la Régularisation Foncière de Masse sur l’ensemble du territoire.
Ce renforcement des ressources humaines constitue l’un des leviers ayant permis d’améliorer la productivité de l’Agence tout en réduisant progressivement les stocks de dossiers en attente.
Des moyens supplémentaires réclamésMalgré ces avancées, plusieurs contraintes demeurent.
Le ministre du Logement, Mays Mouissi, a plaidé pour une augmentation des ressources budgétaires allouées à l’ANUTTC afin de garantir la poursuite de ses missions.
Selon lui, l’Agence doit pouvoir continuer à conduire les opérations de régularisation tout en assurant les projets d’aménagement urbain, de viabilisation des terrains et de développement du cadastre national.
Le ministre a également insisté sur la nécessité de renforcer la coordination entre les différents acteurs de la chaîne foncière, notamment l’ANUTTC, les services du Cadastre et la Conservation foncière, afin de fluidifier la circulation des dossiers et de réduire les délais d’obtention des titres.
Une meilleure information des citoyens
À l’issue de la visite, Hermann Immongault a salué les résultats obtenus par les équipes de l’ANUTTC.
Le Vice-Président du Gouvernement a indiqué qu’il transmettrait au Président de la République les préoccupations exprimées par les responsables de l’Agence, notamment celles relatives au renforcement des moyens financiers et organisationnels.
Il a également recommandé d’intensifier les actions de communication auprès des populations afin de mieux faire connaître les dispositions de la législation foncière gabonaise, les procédures administratives et les droits des citoyens en matière de propriété.
Les enjeux
La Régularisation Foncière de Masse constitue l’un des piliers de la politique de sécurisation du foncier engagée par les autorités gabonaises. L’obtention d’un titre foncier garantit la sécurité juridique des propriétaires, réduit les conflits liés à la propriété des terres et facilite l’accès au crédit bancaire, les titres fonciers pouvant servir de garanties auprès des établissements financiers.
Pour l’État, cette réforme doit également permettre d’améliorer la gestion du domaine foncier, de renforcer la planification urbaine et de soutenir les politiques d’aménagement du territoire. Elle contribue aussi à élargir l’assiette fiscale grâce à une meilleure identification des propriétés.
Toutefois, le succès de cette opération dépendra de la capacité des administrations concernées à maintenir le rythme de traitement des dossiers, à renforcer leurs ressources humaines et financières et à moderniser durablement la chaîne de production des titres fonciers. La coordination entre les différentes administrations et la simplification des procédures apparaissent désormais comme des conditions essentielles pour transformer les décisions de cession en titres fonciers effectifs et répondre aux attentes de milliers de Gabonais.

