Vodun : Déconstruire les fantasmes pour retrouver l’âme d’un peuple

Pendant des siècles, le Vodun a été réduit à une caricature. Dans les imaginaires collectifs, hérités de la colonisation et entretenus par certains récits, il est l’émanation du mal, la superstition obscure, la peur qu’on chuchote la nuit. On l’a enfermé dans des clichés de poupées et de malédictions, lui refusant le statut de ce qu’il est réellement : une philosophie, une science du vivant, une civilisation.

Aujourd’hui, avec les *Vodun Days* qui passent à sept jours dès 2027, le Bénin entreprend plus qu’une simple extension de festivités. Il engage une véritable œuvre de réparation historique. Car il est urgent de déconstruire l’image que les gens se font du Vodun. Et cette déconstruction est la première pierre de trois chantiers indissociables : la restauration de notre identité, son partage avec le monde, et le développement de notre économie par le tourisme. De son côté, le TOGO porte la même vision à travers le FICSAAT qui donne rendez-vous à son public en janvier 2027 .

Le Vodun n’est pas le mal. Il est l’ordre du monde

Réduire le Vodun au mal, c’est ignorer qu’il est avant tout une cosmogonie. Chez nos ancêtres, le Vodun n’était pas une « religion » au sens occidental du terme. C’était la loi qui relie l’homme à la nature, aux ancêtres, à l’invisible et au visible. C’était l’éthique du respect : respect de la terre, respect de l’eau, respect de l’arbre, respect de l’autre.

Le « mal » n’a pas sa place dans un système où chaque acte a une conséquence, où l’équilibre est la valeur cardinale. Ce que l’Occident a appelé « sorcellerie » était en réalité la justice, la médecine, la diplomatie et la mémoire. Nos ancêtres ne priaient pas pour fuir le monde. Ils dialoguaient avec lui pour l’habiter avec sagesse.Déconstruire, c’est donc rendre au Vodun son langage originel. C’est cesser de le traduire avec des mots importés et le laisser parler par lui-même.

Retrouver notre identité pour exister pleinement dans le présent

« Nous devons vivre ce présent comme au temps de nos ancêtres ». Cette phrase n’appelle pas à un retour en arrière. Elle appelle à une continuité. Nos ancêtres ne vivaient pas dans le passé. Ils vivaient dans un présent enraciné. Chaque geste, chaque danse, chaque rite avait un sens et reliait l’individu à une communauté et à une histoire. Ils ne cherchaient pas leur identité : ils la vivaient.

Aujourd’hui, une jeunesse déboussolée erre entre des modèles importés. Elle a honte de ce qu’on lui a appris à avoir honte. Or, un peuple qui ne connaît pas ses fondations est un peuple qui se construit sur du sable. Rétablir notre identité par le Vodun, c’est dire à un jeune Béninois : « Ta langue, tes rythmes, tes masques, tes valeurs ne sont pas archaïques. Elles sont universelles. Elles sont une réponse au monde ». C’est transformer la honte en fierté. C’est passer de « d’où je viens » à « qui je suis ».

Le FICSAAT au Togo et les *Vodun Days au Bénin* sont les deux visages d’un même combat : celui de la dignité retrouvée. Deux pays, deux initiatives, un seul objectif : faire du Vodun le socle de notre identité et le moteur de notre prospérité.

Partager pour rayonner : du patrimoine à la diplomatie culturelle

Ce que l’on cache meurt. Ce que l’on partage vit. Pendant trop longtemps, nous avons gardé le Vodun dans l’ombre par peur du jugement. Résultat : ce sont d’autres qui l’ont raconté à notre place, et mal. Le choix d’ouvrir Ouidah au monde pendant une semaine entière est un acte de diplomatie culturelle majeur. C’est dire au monde : « Venez voir. Venez comprendre. Le Vodun n’est pas à craindre, il est à connaître ». Des millions de personnes de la diaspora, du Brésil à Haïti en passant par les Caraïbes, portent en elles des fragments de ce Vodun. Les Vodun Days deviennent le pont. Le lieu où la mémoire dispersée se rassemble. Partager notre Vodun, c’est reprendre la main sur notre narration.

De la spiritualité à l’économie : sanctifier le développement

On oppose souvent spiritualité et économie. C’est une erreur. Nos ancêtres ne faisaient pas cette distinction. Le marché, la fête, le temple, le champ : tout était lié.

Prolonger les festivités à sept jours n’est pas qu’un choix symbolique. C’est un choix économique lucide. Comme le souligne le Professeur Mahougnon Kakpo, des infrastructures ne doivent pas rester « inexploitées ». Sept jours, c’est le temps pour qu’un artisan vende, qu’un guide transmette, qu’un hôtelier vive, qu’un restaurateur nourrisse, qu’un jeune découvre un métier.

Le tourisme vodun n’est pas du tourisme de consommation. C’est un tourisme d’expérience et de sens. Le visiteur ne vient pas « consommer » une danse. Il vient comprendre une vision du monde. Et il repart avec, il en parle, il revient. C’est ainsi que l’on crée une économie durable, qui ne vend pas ses ressources mais valorise son génie.

Vivre le présent comme nos ancêtres

Vivre comme nos ancêtres ne signifie pas renoncer au téléphone ou à l’avion. Cela signifie retrouver leur exigence : celle de l’harmonie, de la dignité, du travail bien fait, du respect du sacré dans le quotidien.

Déconstruire l’image du Vodun, c’est enlever la poussière sur un miroir. Et dans ce miroir, un peuple se redécouvre. Fier. Debout. Créatif. Le Bénin ne célèbre pas seulement des dieux en janvier. Il célèbre une idée : celle qu’il est possible de se développer sans se renier, de s’ouvrir au monde sans se perdre, et de faire de sa mémoire le moteur de son avenir.

Les Vodun Days ne sont pas une fête de plus au calendrier. Ils sont le calendrier d’un peuple qui a choisi de reprendre le cours de son histoire.

Dimitri AGBOZOH-GUIDIH

Laisser un commentaire