Après 100 jours d’exercice, le Gouvernement de la 5e République s’est prêté à un exercice inédit : 29 ministres, un passage à tour de rôle devant les caméras pour défendre leurs premiers actes. L’émission
« Les 100 jours » se voulait un acte de transparence. Le coordonnateur de l’action gouvernementale avait lui-même ouvert le bal en reconnaissant, d’entrée de jeu, que le Gouvernement obtenait une note légèrement au-dessus de la moyenne. Sans complaisance, quel bilan peut-on en tirer ?
Il faut le reconnaître. Faire défiler l’ensemble du Gouvernement en prime time est un signal. Le pouvoir accepte de rendre des comptes, de s’expliquer, de sortir des communiqués feutrés des conseils des ministres. Pour une 5e République qui se veut en rupture, symboliquement, le geste est fort. Le citoyen a vu des visages, entendu des voix, au-delà du Premier ministre ou du Président. C’est une avancée en matière de redevabilité.
Là où le bât blesse, c’est sur le fond. 100 jours, c’est court pour des résultats structurels, c’est vrai. Mais c’est assez pour donner une direction. Or, qu’a-t-on entendu ? Des constats : « Nous avons hérité d’une situation difficile ». Soit. Mais l’élection était justement pour changer cela. Des intentions : « Nous allons lancer, nous comptons faire, nous projetons de… ». Le futur a trop souvent remplacé le présent. Des chiffres lâchés sans contradicteur : des kilomètres de route annoncés, des milliards promis. Mais où sont les tableaux de bord vérifiables ? Où est le lien entre l’annonce et le vécu du Gabonais ? On a vu 29 ministres en campagne de justification plus qu’en bilan d’étape. L’exercice a parfois viré au catalogue de bonnes intentions.
Faire passer 29 membres en quelques jours relève de la performance médiatique. Mais à quel prix ? Temps de parole réduit : 15 à 20 minutes par ministre pour expliquer 100 jours d’un département entier. Impossible d’aller au fond. Absence de contradiction réelle : des journalistes souvent bienveillants, des questions préparées, peu de relances sur les sujets qui fâchent : vie chère, chômage, dette, feuille de route précise. On a clairement remarqué que des questions qui fâchent, posées par les téléspectateurs, n’ont pas été directement adressées à certains membres du Gouvernement pourtant concernés. Le risque de la propagande : quand le bilan se fait sans voix dissonante, sans société civile, sans contre-expertise, l’émission devient un spot publicitaire géant payé par le contribuable.
On a parlé d’actions ministérielles. Mais a-t-on parlé de cap ? Quelle est la colonne vertébrale de ce Gouvernement après 100 jours ? Quelle réforme mère va transformer le pays ? On a vu 29 pièces d’un puzzle, mais pas l’image finale. L’impression de pilotage à vue demeure pour beaucoup de Gabonais. Le citoyen attendait du concret sur son panier de la ménagère, sur l’école de son enfant, sur l’hôpital de son quartier. Il a eu des sigles, des programmes et des promesses.
« Les 100 jours » était une bonne idée sur le papier. Mettre le Gouvernement face au peuple est une exigence démocratique. Mais l’exercice ne doit pas se confondre avec une opération de séduction. Sans complaisance : le Gouvernement a gagné la bataille de la communication. Il n’a pas encore gagné celle de la conviction. Les Gabonais ne jugent pas un ministre à sa capacité à parler à la télévision. Ils le jugent à leur capacité à vivre dignement.
Le vrai bilan des 100 jours ne se fera pas sur un plateau télé. Il se fera dans les marchés, dans les écoles, dans les hôpitaux, et dans les comptes publics. Le rendez-vous est pris.
PAPA KOUMBA MBLOULA, Traditionaliste, vigie du peuple

